Née de la dernière pluie
Franck BIJOU. - Édition du Rouergue - 6,50 euros
Lise est une petite fille qui ne s’accommode pas du côté frivole et conventionnel de sa mère. Plutôt que de la suivre au « rayon Beauté » des grands magasins, elle préfère flâner au parc pour observer les grand-mères mystérieuses qui portent des baskets... Un jour, elle rencontre une vieille dame rebelle aussi têtue et anticonformiste qu’elle. Une grande amitié tendre naît entre elles. Mais leurs familles respectives cherchent à les séparer...
Une fable lumineuse et pleine d’humour qui fait l’apologie du mélange des générations, qui défend le droit de vivre et d’aimer selon son coeur. Les phrases courtes et les dessins expressifs à chaque page rendent ce roman abordable dès 8 ans.

Dans le noir
À partir du cycle II
Gita Wolf et Sirish Rao, ill. Rathna Ramanathan. - Édition Tourbillon. - 34 p. - 12,90 euros
Par une nuit sans lune, cinq amis rentrent chez eux quand l’un d’eux se cogne dans un mur, il trouve un passage et prévient ses compagnons. Mais le suivant doit combattre un pieuvre monstrueuse, il parvient à s’en dégager et à annoncer le danger aux autres. Tour à tour, les amis affrontent un obstacle invisible et toujours différent.
La fable est connue : comment interpréter le monde autrement qu’à l’aune de son vécu ? Ici, l’adéquation entre la forme et le contenu est parfaite. Sur du papier artisanal indien de différentes épaisseurs, les illustrations très simples sont sérigraphiées. Le noir profond et velouté se tranche d’une couleur vive chaque fois qu’un des protagonistes rencontre l’inconnu.

Tu parles, Charles
À partir du cycle III
Vincent Cuvellier, ill. Charles Dutertre. - Édition du Rouergue (Zig zag). - 6 euros
Dans chaque classe, il y a un élève que personne ne remarque. Dans celle de Josette, il porte de grosses lunettes et s’appelle Charles. Pourtant, quand la maîtresse annonce que Charles à eu un accident grave, cela crée un sacré choc ! L’état de Charles s’améliore, pendant sa rééducation, il doit rester chez lui et la maîtresse charge Benjamin de lui porter ses devoirs. Une véritable corvée pour Benjamin, mais il obéit et découvre une famille fermée, régie par des parents âgés et sans fantaisie. Au début les deux garçons sont très raides et ne trouvent rien à se dire. Puis, leur relation devient plus amicale, moins protocolaire, bien qu’ils n’abordent jamais les sujets qui les angoissent : parents étouffants de Charles contre parents instables, à la limite de la séparation pour Benjamin. Cette amitié improbable leur permet de surmonter leurs enfermements respectifs et de gagner une vie autonome et plus joyeuse.
Une lecture agréable au sujet pas si léger qu’il en a l’air.

Un beau jour pour être riche
À partir du cycle III
Patrice Favaro, ill. de Renaud Perrin. - Nathan (Demi lune). - 5,75 euros
Jagan fait danser ses marionnettes pendant que Sriram, son père joue du sarangi. C’est ainsi qu’ils gagnent leurs repas, jours après jours, des quelques pièces jetées par les passants. Ce jour-là, c’est un billet de 500 roupies qui atterrit dans leur bol. Mais avec la richesse commence les soucis. Il faut cacher le billet par crainte des voleurs, puis l’exper tiser -quelle déception s’il se révélait faux- et enfin le dépenser. Que choisir quand on a toujours manqué de tout ?
Patrice Favaro propose une belle leçon d’humanité et de sagesse dans une Inde colorée.

Aliocha l’épouvantail
À partir du cycle II
Marie Lasseray, ill. Andreï Khalipine. - Édition du Seuil. - 12 euros
Dans une campagne reculée de Russie, un vieux travaille dans les champs tandis que sa vieille fabrique un magnifique épouvantail. Installé au milieu du potager, Aliocha le tendre admire le ciel. Les saisons passent, le dur hiver et les disputes des corbeaux détruisent le costume chatoyant d’Aliocha. Mais sous terre, son squelette de bois s’enracine et c’est en pommier qu’il renaît.
Une belle alliance se tisse entre la sobriété du texte et le dessin, proche du cubisme aux tonalités qui changent suivant les saisons et les sentiments dans un style épuré et graphique.

La Promesse aux étoiles
À partir du cycle III
Philippe Lechermeier / illustrations d’Élodie Nouhen. - Gautier-Languereau, 2004. - 13 euros
Un jeune tailleur, Haydin, doit quitter son village natal afin d’aller travailler dans un atelier en ville. Il pourra ainsi assurer la subsistance de son vieux père. Mais, avant de partir, il échange avec son amie Soumia une promesse : ils regarderont chaque soir le ciel étoilé pour se rejoindre dans la contemplation des astres et effacer la distance qui les sépare. Cette promesse permettra à Haydin de traverser bien des épreuves et des humiliations et surtout de retrouver le chemin de son village et… les bras de la douce Samia.
Dans cet ouvrage, la poésie des images fait écho à celle des mots dans une harmonie colorée et onirique. Le récit de Philippe Lechermeier (auteur de « Princesses » illustré par Rebecca Dautremer) recrée l’univers singulier des contes venus d’Orient. Après « Mon miel, ma douceur », les illustrations d’Élodie Nouhen enchantent à nouveau par leur charme et leur délicatesse. Un très bon conte à lire et à raconter.

La Belle et la Bête
À partir du cycle III
Jean-Frédéric Noa / Illustrations d’Emilie Etienne. - AK éditions, 2004. - 25 euros
Un père trop téméraire cueille une rose pour sa fille dans le jardin d’un étrange château. Son propriétaire, la Bête, exige en retour celle à qui était destinée la fleur… Par amour filial, la jeune Belle se sacrifie et part vivre au château de la bête. De leur rencontre, ces deux êtres ressortiront différents et grandis : la Belle découvrira une autre forme d’amour, celui qu’une femme porte à un homme, et la Bête retrouvera son humanité perdue grâce à leurs sentiments partagés.
Jean-Frédéric Noa et Emilie Etienne ne nous livrent pas ici une énième version du conte de Madame Leprince de Beaumont. Ils revisitent ce classique de la littérature à travers une interprétation personnelle et sensible. Les illustrations, somptueuses, sont le fruit d’une technique originale mêlant modelage, peinture, photographie et infographie. Avec une très grande maîtrise, Emilie Etienne joue sur les volumes et les couleurs pour composer des tableaux où règnent féerie et mystère. Les images offrent ainsi un très bel écrin au texte enchâssé, au fil des pages, dans des encadrés tout en finesse. L’histoire de la Belle et de la Bête se fait tout à la fois conte et poème dans l’adaptation de Jean-Frédéric Noa : un souffle, une musique naissent de son écriture élégante et rythmée. Ainsi la collaboration entre auteur et illustratrice fonctionne à merveille. Cet ouvrage est un vrai bonheur pour les yeux et les oreilles.