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Résistance
dans le monde rural : l'exemple de la Marne
Par Elisabeth YVERNEAU-GLASSER, décembre
2005.
Professeur agrégé d'histoire géographie
Lycée Charles Péguy - Châlons en Champagne

Colloque organisée par l'association
Marnaise des Lauréats du Concours de la Résistance
Reims - 10 décembre 2005
Le monde rural, des campagnes, a participé activement à
de la résistance. C'est "l'arrière logistique
pour tout le monde". Même s'il entre tardivement dans
la résistance on ne peut pas parler d'une sous représentation
du monde rural. Les actions les plus connues : réception
de parachutages, et les maquis (les campagnes ont servi de base
au développement des maquis).
"Campagnes" plutôt que monde rural. Le secteur primaire
: marins et pêcheurs, paysans, forestiers. Le monde des fermes
isolées, des hameaux, des bourgs, des villages, des communes
de moins de 2 000 habitants. La moitié de la population
est rurale et l'agriculture est un secteur désorganisé
dès 1939. En mai 1940 au moment de l'exode la population
se réfugie dans les campagnes. A cette époque tout
le monde a de la famille dans le monde rural.
Le département de la Marne
Département en zone occupée (= les allemands occupent
le département et se conduisent comme s'ils étaient
chez eux), au contact de la zone interdite et qui englobe une partie
de l'Argonne. Faiblesse et discontinuité de la couverture
boisée (mais département beaucoup plus boisé
qu'aujourd'hui). Département où domine un paysage
de champs ouverts et d'habitat groupé où l'implantation
des maquis a été peu facile. Proximité ou présence
de trois camps militaires : Suippes, Mailly et Mourmelon, donc forte
présence allemande et menace permanente de la répression.
La Marne n'a pas été un grand département résistant.
La résistance marnaise est peu nombreuse à ses débuts,
elle s'est constituée tardivement et lentement. Une minorité
courageuse dont l'action reste limité mais fondamentale.
Les témoins et acteurs ici présents pourront expliquer
et présenter ce qu'ils ont fait.
Prégnance d'un pacifisme intégral, faiblesse du PC,
attentisme de la majorité de la population soulagée
de ne pas revivre le cauchemar de 1914-1918. L'Appel du 18 juin
fut peu entendu dans la Marne (exode). Les premières actions
sont spontanées et individuelles : diffusion de la photo
du général de Gaulle en juillet 1940, drapeau français
avec la croix de Lorraine sur la fontaine Subé à Reims
en août 1941, gestes aux monuments aux morts à Reims
le 11 novembre 1941,.....
Résistance : combat volontaire,
clandestin contre l'ennemi, l'occupant ou ses collaborateurs afin
de libérer le pays. Résister c'est réagir,
agir ; agir contre les allemands, agir contre le régime de
Vichy. On ne résiste pas que dans sa tête. Le monde
paysan a été acteur et solidaire de la Résistance
et des résistants.
Le monde paysan n'a pas été plus vichyste que la majorité
de la population. Il y a eu des attitudes différentes dans
les campagnes : attentisme, indifférence, collaboration,
résistance. Des attitudes qui ont coexisté dans les
campagnes.
A partir de quand ?
Surtout après automne 1942-début 1943 (février
1943 : STO). Toutes les études régionales montrent
que les campagnes ont été le refuge des réfractaires
au STO. Les campagnes entrent plus tardivement et plus activement
en résistance. Avant la résistance était embryonnaire.
Il y avait peu de relations entre les villes et les campagnes. Les
deux mondes s'ignorent.
Donc le monde rural entre tardivement en résistance. Il est
sous représenté dans la résistance à
ses débuts (les allemands sont peu présents dans les
campagnes, à la différence des villes). On a eu plus
besoin des ruraux après 1942. Il faut tout de même
nuancer, il y a eu des actes de résistance dès juillet
1940, des actes isolés. A partir de 1943 la résistance
s'adresse au monde rural. De plus en plus de manifestations rurales
au moment du 14 juillet après 1943.
Les ruraux agissent par patriotisme et solidarité. Patriotisme
: refus de voir la France occupée par les allemands. Idéologie
: opposition aux idées nazies. Beaucoup de paysans s'engagent
dans le parti communiste. Il y eu le hasard des rencontres.
Les formes, les actions de la résistance
dans les campagnes
Des formes multiples de résistance, de révolte, fonction
des différents lieux. Les premiers actes sont individuels
et spontanés : sabotages (de lignes téléphoniques),
refus de donner les armes de chasse et on les cache (les paysans
étaient chasseurs). Les paysans ont été choqués
par l'interdiction de détenir des armes de chasse. Les paysans
considéraient que le droit de chasser était un droit
fondamental de l'homme, obtenu en août 1789. Avant la révolution
seuls les nobles pouvaient chasser).
On constitue des réserves alimentaires. Ce sont, au début,
des gestes simples, des gestes de contestation, qui font partie
de la sphère individuelle. On passe à la sphère
collective à partir de l'automne 1942 et début 1943.
Ces dates constituent une césure. Lutte contre le travail
en Allemagne. Avant ces dates les relations entre le monde rural
et le monde urbain sont limitées, ensuite les relations se
multiplient et on parle d'une "ruralisation de la résistance".
Ne pas oublier le rôle des femmes très important :
préparation des repas, hébergement, dissimulation
des messages dans les landaus, les machines à coudre. Elles
ont partagé la vie aventureuse et risquée des maquis
comme agents de liaison et/ou infirmières. Quelques unes
ont même pris les armes.
Quelles ont été les formes, les actions des habitants
du monde rural ?
Les premiers gestes sont donc isolés, ce sont des gestes
simples, des gestes de solidarité permettant de vivre,
de subvenir à des besoins alimentaires (l'essentiel), aides
diverses, .... Les départements côtiers, les marins
ont aidé les français libres pour les départs
et les retours. Il y a eu envoi d'agents pour donner des renseignements
sur les dispositifs allemands. Mais le monde rural a peu joué
dans le renseignement. Dans les gestes de solidarité il y
a eu l'hébergement de jeunes enfants juifs.
Cache d'armes, réception de parachutages :
Plus facile dans les campagnes. Les caches d'armes parachutées
et des armes de chasse que les paysans n'ont pas voulu donner. Les
parachutages (organisés par Londres) avaient lieu la nuit,
plutôt par pleine lune (éviter trop de lumière),
sur des terrains de 400 mètres de long sur 300 à 400
mètres de large, bien dégagés pour récupérer
et évacuer rapidement. Les terrains avaient des noms de code.
Exemple de Pierre LEROY de Pocancy, directeur du moulin.
Il participe à des parachutages sur un terrain près
d'Athis. Il récupère les armes parachutées,
assure leur transport et les cache dans son moulin ; il héberge
aussi des aviateurs, et sera arrêté dans son moulin.
Exemple aussi de Charles Arnould, fermier à Pocancy qui agit
avec Pierre Leroy.
Les Maquis et leur ravitaillement - la grande participation
des campagnes
Définition : groupe de résistance armée
qui tire son nom du fait qu'il a fixé sa base arrière
dans des régions difficiles d'accès (bois, montagnes,
...) à partir desquelles il peut harceler les troupes allemandes
et préparer la Libération. Combattants clandestins
qui s'organisent pour mener des combats de guérillas contre
l'occupant, voire contre les autorités officielles complices
de celui-ci. Une composante de la résistance. Manque d'archives
: certains ne sont pas évoqués par manque d'information,
de précisions, des chefs modestes qui n'ont pas parlé.
Phénomène qui apparaît fin 1942 - début
1943 au moment de l'instauration du STO (février 1943 : les
jeunes gens nés entre le 1er janvier 1920 et le 30 novembre
1922 sont soumis à l'obligation d'aller travailler en Allemagne).
Petits groupes clandestins. Les premiers apparaissent en zone sud,
souvent dans des régions reculées, où on peut
se cacher. Il y a eu un grand nombre de maquis. Aucun maquis ne
peut vivre sans l'aide des paysans, des campagnes. Il fallait les
ravitailler en armes, nourriture, habillement, chaussures. Les paysans
ont constitué une aide indispensable. Sans ravitaillement
les maquis ne pouvaient pas durer. Les femmes ont servi de relais.
Au début on les trouvait à proximité des fermes.
Les maquisards proposaient leurs bras et étaient payés
en nature.
Diversité des maquis : plus ou moins nombreux, affrontements
directs, esprit de camaraderie, proximité des chefs, discipline
au combat,.... Chaque maquis a sa spécificité. Les
hommes ont connu des heures difficiles et dangereuses. Il y a eu
quelques maquis dans le département de la Marne.
Exemple le maquis Melpomène : groupe qui
prend naissance discrètement fin 1943 autour des communes
de Basssu, Soudron, Fontaine sur Coole (forêts), la Chaussée
sur Marne et qui se procurent les vivres essentiels dans les villages
environnants.
Témoignage de Monsieur Romagny.
Leur rôle : appui indispensable des populations, relations
inégales avec le monde paysan, armement disparate, sont plus
ou moins bien armés. A partir de début 1944 : parachutage
d'armes, souvent des armes légères. Il fallait préparer
le terrain. L'action des petits maquis fut la plus efficace.
Ecouter radio Londres :
Les campagnes abritent le matériel radio qui sert à
communiquer avec Londres.
Les ruraux écoutent Londres et le poste était remis
systématiquement sur un autre poste après l'écoute
(première chose que faisaient les allemands lorsqu'ils entraient
dans une ferme : ils mettaient le poste en marche)
Presse clandestine :
La presse clandestine des villes est diffusée dans les campagnes.
Mais à partir de 1942, les campagnes ont eu leur propre presse
qu'elles diffusent dans la clandestinité. Le P.C est bien
implanté dans les campagnes.
Exemple "La Terre", crée par Paumier, communiste,
vigneron, membre de la confédération Générale
de l'agriculture. Dans les pays de la Loire puis vers la Bretagne.
Donne des informations aux agriculteurs, tapé à la
machine sur une feuille. Manifeste contre les réquisitions
de Vichy. 1er septembre 1943 : les mots d'ordre diffusés
du parti sont diffusés : "Paysans de France, vous
avez des devoirs sacrés à remplir à l'égard
de la patrie... Retardez les battages, cachez les récoltes
pour les Français. Ne livrez rien aux boches, chassez les
contrôleurs.... Cachez, aidez, armez les jeunes réfractaires
qui fuient la déportation... Avec la classe ouvrière,
participez à la lutte armée pour chasser l'envahisseur".
Dans la presse clandestine un appel aux agriculteurs, aux combats
armes à la main.
"Le jeune agriculteur patriotique"
La confédération Générale de l'Agriculture
: F. Tanguy-Prigent (1909-1970) fonde la fédération
paysanne du Finistère. Député socialiste, s'est
opposé à Pétain le 10 juillet 1940, entre vite
en résistance et agit dans la clandestinité à
partir de 1943. Nommé par de Gaulle ministre de l'agriculture
le 4 septembre 1944. Défend les intérêts des
paysans, lutte contre l'occupant. Un journal "La résistance
paysanne" vers 18 départements. (son itinéraire
est relaté dans la revue)
Protection, cacher les réfractaires au STO, les parachutistes
:
Surtout à partir de septembre 1942 (première loi sur
le travail obligatoire) et février 1943. Cacher, héberger
(les paysans connaissent les fermes isolées), aider, nourrir,
vêtir, chausser, armer tous ceux qui refusaient de partir
pour l'Allemagne et qui étaient en quête de planque.
Les campagnes ont constitué une cache extraordinaire pour
tous ceux qui ont refusé de partir. Quand on cachait il fallait
donner plus à manger, donc cela demandait plus de complicités.
Quand parachutage il fallait enlever toute trace de parachute.
Ce sont les campagnes qui cachent aussi de nombreux juifs et surtout
les enfants.
Sabotages :
Brûler, incendier les récoltes pour ne pas les livrer
à l'occupant. Destruction du matériel agricole pour
freiner les livraisons aux allemands. Sacrifice important quand
on sait les besoins en alimentation (CDRom Ile-de-France). Dans
toutes les régions de France. Des attitudes qui ont choqué
le bon sens populaire.
Constitution du marché tricolore : planquer des récoltes
pour les vendre à prix modiques.
Sabotages de lignes électriques, téléphoniques,
des voies de communication (ponts, enlever les panneaux indicateurs
le long des routes....)
Réseaux de passeurs : au niveau de la ligne de démarcation
et des frontières. Les paysans connaissent bien les terrains,
les chemins, les gués des rivières, chemins qu'ils
utilisent dans leurs activités agricoles. Importance des
gardes forestiers, des bûcherons. Evacuation des prisonniers
évadés, des aviateurs britanniques. Les situations
sont plus ou moins dangereuses. Et les réseaux d'évasion
: vers la Suisse, l'Espagne. Toutes ces formes de résistance
sont appel au monde rural.
Après le resserrement de la surveillance à partir
de 1941, des organisations de passeurs se mettent en place et constituent
des filières d'évasions.
Les risques encourus étaient nombreux et connus : arrestations,
répression, torture, exécutions, ou déportation.
Dans certains départements (Creuse, Yonne) les paysans constituent
la profession la plus représentée parmi les déportés.
Marché noir :
Transaction parallèle. Cause : pénurie, inflation.
Le marché noir prend fin 1948-début 1949. Ce sont
les plus aisés qui se nourrissent au marché noir.
La vie quotidienne est difficile. Les Français manquent de
tout, surtout de nourriture. Les prix sont supérieurs aux
prix officiels.
Contrebande :
Commerce clandestin de marchandise
Braconnage, fraude
Le braconnage est illégal, mais il a toujours été
important dans le monde rural.
Qui ?
Toutes les solidarités jouent dans les campagnes. L'instituteur,
l'institutrice, qui est aussi secrétaire de mairie, donc,
il, elle, dispose de tous les tampons, cartes, pour établir
de faux papiers d'identité. Témoignage de Madame
Lundy
Le curé (sans oublier le rôle des monastères)
qui a, ont hébergé des juifs, des résistants.
Le maire.
Les médecins de campagne, surtout après 1943
(STO) il y a eu inflation d'opérations de l'appendicite et
des médecins ont été déportés
à ce titre.
Mais aussi les gendarmes.
Tout un réseau de solidarités et de complicités
qui permet d'héberger et de cacher.
Il est difficile de résister seul et être en contact
avec quelqu'un qui fait de la résistance peut aider à
y entrer.
Mais, beaucoup se taisent car crainte d'être dénoncés,
instabilité, danger. Action dans la discrétion.
Dans la Marne, les vignerons : certains ont muré leurs
caves.
Conclusion :
Le monde des campagnes est un monde méconnu. Son rôle
dans la Résistance a été peu connu, peu mentionné.
Un rôle différent entre zone libre et zone occupée
(jusqu'en novembre 1942), entre en plaine et montagne. Sans le monde
des campagnes la résistance et les résistants n'auraient
pas pu uvrer. Le monde des campagnes constitue "l'arrière
logistique de toute la résistance". Il a été
au cur de la Résistance. Les résistants du monde
rural ont joué un rôle dans la Libération du
territoire national.
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