Donner sens aux formes des lieux cultuels

La synagogue

 

La communauté assemblée

   La synagogue (du grec : assemblée) est un lieu de prière collective, d'étude et de rencontre des communautés juives. Contrairement au Temple, l'insistance n'y porte pas sur le sacrifice, mais sur le livre et le savoir. Les responsabilités n'y sont pas détenues par des prêtres, mais par des laïcs, les "Anciens". Les "scribes" peuvent y jouer un grand rôle.

Les origines

   La synagogue naît sans doute durant l'exil à Babylone au VIè siècle av. J.-C. Séparés du seul lieu autorisé pour le sacrifice, les dirigeants de la communauté ont établi la prière communautaire afin de sauvegarder l'attachement à la tradition et pour préserver celle-ci contre toute infiltration d'éléments hétérogènes. Pour autant, la présence du Temple à Jérusalem n¹avait pas empêché l'édification de synagogues, servant aussi à l'hébergement des pélerins. Le Ier siècle av. J.-C. voit leur expansion en Palestine et dans la diaspora juive à l'étranger, où elles tiennent lieu de foyers nationaux. Du IIIè au VIè siècle, un nombre important de synagogues sont édifiées en Terre sainte et dans diverses régions de l'empire romain.

   Après la destruction du Temple, les synagogues apparaissent comme un sanctuaire en réduction qui joue un rôle essentiel dans l'organisation du savoir et d'une tradition qui assure l'unité du peuple à travers l'histoire.

   Le IVè siècle voit le judaïsme palestinien se redéfinir autour du Talmud dit de Jérusalem. Pour ceux qui résistent à la tentation de la conversion au christianisme, le mode de vie codifié par le Talmud maintient la cohésion communautaire. À la halakha (commentaire juridique) qui guide la vie du fidèle, s'ajoute la aqqada (commentaire homélitique), issue des homélies où les rabbins développent des paroles à message éthique et des compléments aux récits sacrés. Quelques-uns sont intégrés dans le Talmud, la plupart sont réunis dans le Midrash, commentaire oral interprétant l'écriture verset par verset, entre le IVè et le Xè siècle.

   La prière synagogale prend de l'importance et la liturgie se développe. Le prestige de l'étude de la Torah ne décroît jamais, tandis que se développe un amour intense de l'hébreu, langue sacrée qui permet sa conservation.

L'importance des livres

   Les livres sont, par ailleurs, la communauté racontée. Ils servent à maintenir le lien entre les communautés dispersées de par le monde.

   Produits relativement peu coûteux, objets faciles à transporter, ils constituent les compagnons infaillibles des communautés lors des dispersions, voulues ou imposées, qui jalonnent l'histoire du peuple juif.

   Le livre est l'ultime refuge des aspirations esthétiques lorsque des circonstances historiques défavorables entravent la création d'œuvres d'art majeures. L'art du livre hébreu produit en Occident se définit selon un principe : la primauté absolue accordée à l'écriture par rapport à tout complément visuel. L'écriture n'est pas seulement le support du décor, elle en est aussi la composante principale. L'ordonnance même du décor est définie par les articulations du texte : les ornements signalent le début ou la fin des sections, ils remplissent les lignes et soulignent les passages particulièrement solennels ; enfin, placés hors-texte, en pleines pages, ils servent de reliures internes qui protègent les volumes.

Une architecture exprimant une identité et une condition

   La synagogue n'engendre pas une architecture propre, ce n'est qu'un programme, traité au gré du milieu ambiant et des époques, roman à Worms, baroque à Venise, au gré des artistes. On peut trouver d'autres types d'espaces ou d'édifices juifs qui ont suscité des formes spécifiques, mais aucun n'a, comme la synagogue, traversé les siècles en servant à la fois de signe exprimant une identité et de miroir d'une condition.

   Les conditions même de l'exercice de l'architecture sont telles qu'il paraît évident qu'un peuple disséminé, voire assimilé, ne peut produire une architecture particulière. De plus, la relation à l'espace se concrétise par son modelage architectural, mais dépend d'abord d'une souveraineté sur cet espace ; en revanche, la condition des Juifs, voire leur acculturation, s'inscrit dans la pierre.

  Que la culture juive, dans ses sources originelles, ait développé une mission fondée sur une prédilection pour le temps, pour le texte au détriment de l'espace, sur une affirmation éthique plutôt qu'esthétique, est assez démontré. Néanmoins, les Juifs se sont, comme tout peuple, nécessairement ancrés dans l'espace, ils ont fondé des sociétés qui, pour n'avoir pas les structures les plus courantes, ont tout de même imprimé leurs marques à leur cadre de vie. La priorité dévolue à la relation divine n'entraîne pas l'exclusion d'autres formes d'existence. La synagogue est dès lors le lieu privilégié de conjugaison des exigences d'exaltation du divin et de matérialisation d'une insertion sociale et spatiale. Bâtiment central du judaïsme, surtout dans les sociétés contemporaines où l'Émancipation s'opère la plupart du temps au prix de la réduction du judaïsme à une confession religieuse, la synagogue n'en reste pas moins l'emblème du judaïsme, qu'il soit pris comme religion ou comme culture.

 

Un lieu de prière et d¹étude

La prière

   La prière à la synagogue remplace dans le rituel du judaïsme les sacrifices qui avaient lieu au Temple. Elle est une obligation trois fois par jour, dédiée à Abraham le matin, à Isaac l'après-midi, à Jacob le soir. Un quorum de dix adultes doit être atteint, sinon on fait une prière privée. L'étude de la Torah a lieu le lundi, le jeudi et le samedi.

Des règles identiques partout

   La prière est orientée en direction de Jérusalem. Elle est dite en hébreu. Au milieu de la synagogue, une chaire est destinée à la cérémonie de lecture de la loi. Le samedi après-midi, sept hommes sont appelés à la lecture de la Loi ; ils ne sont que trois le lundi matin et le jeudi matin.

   La synagogue est desservie par un rabbin, "maître" ayant fait des études religieuses poussées (bac + 5 de nos jours), sanctionnées par un diplôme rabbinique. Le rabbin est nommé par la communauté des fidèles et exerce un métier à côté de l'exercice de sa mission d'enseignement et de transmission du savoir biblique. Sa présence est obligatoire pour la célébration du mariage ou un enterrement. Mais le culte peut être célébré par tout jeune homme de treize ans et un jour ayant accompli sa bar mitzvah.

Deux pratiques religieuses importantes sont liées à la prière

   Le talith, ou châle des prières, possède 613 franges, nombre symbolique qui rappelle les 613 commandements auxquels se soumet le Juif pieux. Ils correspondent aux 365 jours de l'année scolaire et aux 248 parties du corps. Les premiers sont négatifs (tu ne feras pas) et signifient qu'aucun moment du temps n'échappe à la foi. Les seconds sont positifs car l'être - et son corps - sont concernés. Revêtu du talith, le juif est comme enveloppé de la Présence divine et appelé à se détourner des mauvaises tentations pour agir selon la Torah.

   Les tefilin, ou phylactères, sont utilisés pour la prière, sauf le samedi. Petits cubes de cuir noir contenant quatre paragraphes de la Torah, ils sont placés au bras gauche et sur la tête. Signes du lien d'alliance entre Dieu et Israël, ils rappellent que toute la pensée de l'homme (le front) doit être guidée par les principes de justice et d'amour, et que toute son action (le bras) doit être soumise au service de Dieu.

   Même si l'usage maintenant généralisé est relativement récent, on se couvre la tête pour entrer dans la synagogue en signe d'humilité devant Dieu (garder la tête couverte est pour certains une obligation permanente, pour d'autres l'obligation se limite à la prière, à la synagogue comme à la maison, et à l'étude).

   Aux origines, il n'y a pas dans les synagogues de lieu réservé aux femmes. C'est au début du XIIIè siècle que l'on prend l'initiative de prévoir dans les synagogues nouvellement construites un balcon ou une galerie destiné aux femmes. Ces dernières sont ainsi mises à l'écart du fait de leur retard fréquent lié à leurs obligations aux foyers, de leur impureté mensuelle... ou de la lascivité qu'on leur prête. Dans les synagogues du mouvement conservateur et du mouvement réformé aux États-Unis et en Israël, hommes et femmes sont assis côte à côte.

 

Des objets rituels

La pensée du Temple omniprésente

   N'importe quel lieu peut servir de synagogue, pourvu qu'il soit orienté vers Jérusalem, qu'aucune construction ne le surplombe et qu'il contienne un certain nombre d'objets de culte.

   À l'époque du Temple de Jérusalem, les grandes fêtes avaient lieu dans le Sanctuaire et la production d'objets précieux était concentrée sur le mobilier de cet unique espace sacré.

   À partir de la disparition du Temple et de la multiplication des lieux de culte s'élabora un mobilier qui était essentiellement façonné sur le modèle de celui du Temple. La volonté de recréer les dispositions du Sanctuaire du passé domine l'art du mobilier synagogal et lui assure une remarquable constance dans les formes, quelles que soient les mutations de style qui en affectèrent l'ornementation au cours des âges. Ainsi, dans les salles de prières, les inscriptions monumentales qui courent le long des murs évoquent le Temple de Salomon.

"L'armoire sainte"

   Partie essentielle du mobilier synagogal, elle renferme les rouleaux de la Torah (Pentateuque). Elle est désignée par le terme aron, celui-là même qui sert à désigner l'arche du Tabernacle du désert. En effet, aux origines, dans le désert, les Juifs avaient érigé sous le nom de tabernacle, qui signifie tente, un temple portatif divisé en deux parties, le Saint ou lieu des sacrifices, et le Saint des Saints, le sanctuaire qui renfermait l'Arche d'Alliance, coffre de 45 pieds de long fermé par un couvercle en or dans lequel étaient conservés les Tables de la Loi, la Verge d'Aaron, un vase rempli de la manne du désert. Ce coffre, initialement construit au pied du mont Sinaï présentait un caractère sacré pour les Juifs qui lui attachaient une vertu protectrice invincible.

   Les rouleaux de la Torah peuvent être déroulés sur une tribune. Ils doivent être purs (sans erreur). Ils sont écrits à la plume sur parchemin par des scribes. Un rouleau représente un an de travail. Des versets bibliques importants peuvent être inscrits sur le rideau qui protège l'arche sainte. Ce rideau est conçu selon le modèle du voile qui fermait l'entrée du Saint des Saints, au Tabernacle comme au Temple, et porte le même nom, parokhet. Devant l'arche sainte, brûle une lampe perpétuelle (ner tamid), qui montre que la parole de Dieu, contenue dans la Torah, est lumière.

   Certains objets précieux qui décorent les rouleaux de la Torah sont de création ancienne, telles les "grenades" qui protègent les extrémités des axes sur lesquels s'enroule le parchemin. D'autres s'y ajoutent au cours des temps : les plaques portant les noms des fêtes que l'on suspend sur les rouleaux enveloppés de tissus précieux ou encore les indicateurs qui se présentent sous la forme d'une main, utilisés lors de la lecture publique de la Bible.

Autres objets

   Le chandelier à sept branches, Menorah, que David fit placer dans le tabernacle selon la tradition, est un rappel de la création. Symbole de foi et d'espérance juive, il est très présent dans les synagogues, sur les sarcophages et les pierres tombales où il symbolise la lumière réservée aux justes dans le monde futur.

   L'étoile de David à six branches est le symbole des douze tribus. Sa plus ancienne représentation se trouve sur un chapiteau de la synagogue de Capharnaüm (IVè siècle).

   Les pelles à encens rappellent le Temple disparu.

   La décoration peut comprendre aussi le lulav, ensemble de quatre espèces végétales symboliques, agitées à Souccoth. Ce bouquet de palmier, myrte, saule et cédrat représente les types d'hommes du peuple juif :
               cédrat : saveur, odeur = gens instruits, observants
               palmier : saveur, sans odeur = gens instruits, non observants
               myrte : sans saveur, odeur = gens pas instruits, observants
               saule : sans odeur, ni saveur = ignorants non pratiquants
Les liens entre les quatre espèces traduisent la responsabilité des uns par rapport aux autres : ils constituent un peuple.

   Tous ces ornements ne sont pas indispensables au culte.

   La synagogue ne contient pas d'instrument de musique pour garder intacte la ferveur religieuse. Seule exception, le shofar, corne de bélier dont on sonne à Rosh Hashana (premier de l'an) et à Kippour (le Grand Pardon).

 

La synagogue, la communauté en fête

Les fêtes

   Marquées par les célébrations synagogales et domestiques, les fêtes créèrent un lien puissant entre les Juifs éparpillés de par le monde et jouèrent un rôle vital dans le maintien de la conscience identitaire en dépit de la dispersion.

   Commémorer l'histoire ancienne des Hébreux - la seule qui soit commune aux exilés - comble le vide laissé par une histoire présente éclatée dont les Juifs de la diaspora ne sont pas maîtres. Si le Talmud a été composé afin que le rempart (soreg ) de la doctrine se substitue aux frontières physiques de la terre partagée, les fêtes, avec les objets qui les servent et les ornements qui les entourent, fournissent à cet univers intellectuel homogène un cadre établi en tous lieux selon les mêmes principes, pour une vie liturgique réglée selon un rythme partout identique. La création d'objets précieux fut d'ailleurs stimulée par les autorités religieuses : entourer les fêtes de beauté fut même élevé au rang de précepte, hiddur mitzvah.

Les principales fêtes

   Cinq grandes fêtes sont mentionnées dans la Torah et sont donc considérées comme instituées par Dieu.
Deux d'entre elles sont des solennités austères. Rosh ha Shana, le jour du jugement, est d'abord la fête des trompettes, puis du nouvel an. La communauté partage alors des morceaux de pomme trempés dans du miel. Dix jours de repentance plus tard, Yom Kippour, jour du grand pardon, est le jour saint entre tous.
Trois d'entre elles sont des fêtes joyeuses. Fêtes agricoles, elles sont dites aussi fêtes de pélerinage, car au temps du Temple, tous les Juifs mâles devaient monter à Jérusalem pour apporter leurs offrandes et paraître devant Dieu. Pessah (Pâque) fête le renouveau de la nature et commémore le souvenir de la sortie d'Égypte. Shavouot (fête des semaines et Pentecôte) commémore l'Alliance et le remise des Tables de la Loi à Moïse. Souccoth (fête des tentes ou des cabanes) fête les récoltes et rappelle l'errance dans le désert.

   Il existe aussi des fêtes mineures.
Hanoukkah rappelle la dédicace du second Temple.
9 Av (9è jour du mois d'Av), commémore la destruction du premier Temple.
Pourim est la fête des sorts.
Tou bi-shevat marque le nouvel an des arbres et le début de l'année pour les fruits de la terre.

 

Programmes concernés

Collège
Histoire 6è : les Hébreux

Lycée
Histoire 2è : Les civilisations en Méditerranée au XIIè siècle

 

Pour en savoir plus

Bibliographie sommaire

V. et S. MALKA, Le petit Retz du judaïsme, Retz, Paris, 1989.
A. BARNAVI, dir., Histoire universelle des Juifs, Hachette, Paris, 1992.
G. SED-RAJNA et alii, L'art juif, Citadelles/Mazenod, Paris, 1995.
P. GAUDIN, dir., Les grandes religions, Ellipses, Paris, 1995.
E. BENBASSA, J.-Ch. ATTIAS, Dictionnaire de civilisation juive, Larousse, Paris,1997.
M. HADAS-LEBEL, Le peuple hébreu, Gallimard, Paris, 1997, coll. Découvertes.

Liens

Religions du monde : http://site.voila.fr/religionsdumonde/
Le monument juif de Rouen : synagogue, école ou maison, il a été construit aux environs de l'an 1100 : http://www.cpi.fr/mj
La synagogue de Foussemagne (Territoire de Belfort), seul village en France où il y a une synagogue et pas d'église : http://www.foussemagne.com/

 

Visiter une synagogue

Synagogue de Troyes

Adresse : 3, rue Bruneval, 10 000 Troyes
La synagogue est le lieu de culte d'environ 200 familles d'origine sépharade, qui ont remplacé les familles ashkénazes après les terribles pertes subies par la communauté lors de la Deuxième Guerre mondiale.
Cette dernière période voit la destruction de la synagogue de la rue Charles Gros. Après le conflit, le culte israélite se déroule dans un local prêté par la communauté réformée, puis dans une maison de la rue Charbonnet, avant d'être accueilli dans les locaux actuels. De style champenois, ces derniers étaient auparavant occupés par le presbytère de l'église de la Madeleine.

Contacts

Monsieur le Grand Rabbin
- 3, rue Bruneval, 10 000 Troyes
- tél. : 03.25.73.51.11

Monsieur le Président de la Communauté israélite de Troyes et de l'Aube
- 3, rue Bruneval, 10 000 Troyes
- tél. : 03.25.73.51.11

Dossier réalisé par Jean-Louis Humbert
(animation Histoire-Géographie)
CDDP Aube, mai 2001

Remerciements à Monsieur le Grand Rabbin
Abba Samoun

Copyright CRDP de Champagne-Ardenne, 2001
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays

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