|
REPÈRES
L'UTILISATION
DU BOIS COMME COMBUSTIBLE DANS LE PASSÉ
I
- Les métiers de la forêt et du bois
Les
exploitants
Les
bûcherons
Les bûcherons entaillent les arbres à la cognée,
puis les scient avec un passe-partout en insérant un coin
pour empêcher que la lame ne se coince. Cette technique, lente
et plus pénible encore, perdure jusque dans la seconde moitié
du XXe siècle.
Pour débiter les grosses bûches, le bûcheron
se sert de la scie, de la cognée ou de haches de formes particulières.
Pour les bois de faibles dimensions, il emploie la serpe et parfois
la hachette.
La force, l'adresse et la grande connaissance des arbres valent
au bûcheron d'être bien considéré par
les populations environnantes.
Les
fendeurs
Installés dans les bois avec les bûcherons, ils débitent
les billons en les fendant, c'est-à-dire en décollant
les fibres. Celles-ci n'étant pas sectionnées conservent
le maximum de leur élasticité.
Ils élaborent les lattes qui supportent les toitures et qui,
recoupées, permettent d'obtenir des paleçons ou de
réaliser des essentes. Les lattes sont produites à
l'aide d'une lame et d'un maillet à partir de perches de
frêne, d'acacia, de chêne et de châtaignier. Le
châtaignier sert aussi à la fabrication des essentes
de couverture des murs de pans de bois.
Ils élaguent aussi les bois de faible diamètre, mais
bien droits, pour en faire des poteaux, des perches ou des piquets
de clôtures. Robinier et châtaignier sont très
appréciés car ils tiennent plus de dix ans sans aucun
traitement.
Les
scieurs de long
Ils débitent à la scie les grumes tronçonnées
en billes. Leur travail est réalisé de façon
plus ou moins compliquée suivant l'essence, la qualité
et l'emploi des planches désirées.
Au XIXe siècle, en Champagne méridionale, ce travail
long et pénible, exécuté à deux à
la même cadence, est réalisé par des scieurs
de long originaires du Morvan ou d'Italie.
Les
gens des bois
Les écorceurs lèvent l'écorce des chênes
pour la fabrication du tan destiné aux traitement des peaux
dans les tanneries.

Écorsage
du chêne
©
Collection particulière
Les fagotiers
nettoient le sous-bois, ramassent les ramées et forment des
fagots.
Les peleurs lèvent les écorces des bois lisses pour
en tirer des rubans qui servent de liens.
Les feuillardiers tirent des billes de bois blanc des copeaux destinés
à la fabrication de boîtes utilisées dans les
fromageries ou dans les ménages.
Les cercliers refendent en deux des rames de noisetiers et de frêne
pour fabriquer des cercles de tonneau.
Les charbonniers fabriquent le charbon de bois.
Les
transporteurs
Les
débardeurs
Ils interviennent dans la forêt en fin de saison pour sortir
le bois avec leurs chevaux ardennais ou leurs bufs dans le
cas des Morvandiaux. Les attelages tirent des triqueballes, ou des
fardiers, robustes charrettes qui permettent de soulever les troncs.
Les animaux peinent ainsi moins que lorsque le bois traîne
à terre et bute sur les souches. Les attelages vont jusqu'aux
ports dans lesquels les grumes sont confiées au flot pour
leur transport.

Débardage
avec cheval
©
Collection particulière
Les
brelleurs
Du XVIe siècle jusqu'au début du XIXe siècle,
le transport s'effectue à bois perdu sur les rivières,
avant regroupement des grumes en trains. Après 1810, les
dégâts occasionnés aux berges des rivières
par des grumes folles imposent le flottage par train de bois.
Dans le bief des ports à bois, ceux-ci sont réunis
en "coupons" de 2 à 8 grumes, maintenues par des
"harts" de saule ou de coudrier. Lorsque celui-ci est
couvert de coupons, l'ouverture d'une retenue d'eau les entraîne
dans une fosse où ils sont accouplés avec des cordes
pour former une "brelle". Les trains de flottage comprennent
8 à 10 brelles reliées par des perches. Deux loges,
installées sur la première et la dernière brelle,
abritent mariniers et brelleurs qui conduisent le train vers la
région parisienne, au terme d'un voyage de 15 à 20
jours.
Au XIXe siècle, l'essor des chemins de fer amène des
petits tortillards jusqu'au cur des forêts et permet
l'acheminement du bois en toute saison. Ces dessertes nouvelles
et l'émergence du charbon comme combustible le plus courant
sonnent le glas du flottage en France.
Les
charpentiers
Passé
l'âge des cavernes et celui des huttes de pierres et de branchages,
les hommes utilisent le bois pour construire leurs maisons et fortifier
les villages. Plus tard, ils édifient des châteaux
forts et des églises en bois. Les murs sont faits d'une armature
de poutres entrecroisées dont les intervalles sont garnis
de petites briques ou de torchis, un mélange de terre glaise
et de paille hachée.
Dans les régions de constructions en pans de bois, le charpentier
préfabrique sa maison sur son chantier forestier. Poutres
et bois d'uvre y sont équarris à la hache avant
d'être surfacés. Tous les éléments sont
assemblés en plan, à même le sol, par mortaises
et tenons. Puis chacun d'entre eux est marqué pour indiquer
sa position, avant démontage de l'ensemble.
Le bois uvré est ensuite transféré sur
le site d'implantation de la maison où le charpentier et
ses aides remontent la charpente à la verticale et chevillent
les éléments. La dimension des constructions dépend
de celle des arbres utilisés.
Partout, le charpentier coiffe les maisons d'un assemblage de poutres
apte à soutenir une couverture faite de chaume, de tuiles,
d'ardoises, ou de pierres.
Les
artisans du bois d'oeuvre
Autrefois,
le bois sert aussi à fabriquer les objets et les ustensiles
de tous les jours : meubles, outils, charrettes, bateaux...
Les
sabotiers
Ils choisissent en forêt les billes de bois qui leur sont
nécessaires et se font livrer. Ils utilisent des essences
variées, peuplier, érable, hêtre, bouleau, selon
les usages locaux et les demandes de la clientèle. Les sabots
sont taillés dans les billes à l'aide d'une petite
hache, puis creusés avec une cuillère, aussi appelée
gouge.
La gamme des productions est large : sabots de labeur ou de fête,
déclinés en plusieurs modèles, pour femme,
homme et enfant. Les sabots sont gravés ou décorés
au pochoir. Ils peuvent être poncés, vernis ou teints.

Le sabotier
©
Collection particulière
Les
menuisiers
Leur travail consiste à "amenuiser" le bois, à
l'usiner, à l'ajuster pour agencer portes, fenêtres,
volets, escaliers, planchers, lambris, plinthes, tous les éléments
en bois de la maison.
Les
tourneurs
Artisans à part entière, ils produisent des objets
en bois tourné utilisés par d'autres artisans. Pour
obtenir barreaux de chaise, balustres d'escalier, boutons de porte
ou de tiroir, la pièce de bois brute est mise en rotation
à grande vitesse puis sculptée.
Les tourneurs fabriquent aussi les manches d'outils.
Les
ébénistes
Ils apparaissent à l'époque de la Renaissance italienne.
Ils tiennent leur nom d'un bois africain, l'ébène.
Scié en feuillets de 2 millimètres d'épaisseur,
ce bois décore les meubles. Par rapport au travail traditionnel
de fabrication du mobilier, les ébénistes embellissent
leur ouvrage par des sculptures, des placages de bois précieux
et des incrustations.
L'ébénisterie connaît en France un grand développement
grâce à André Charles Boulle, ébéniste
de Louis XIV. La tradition s'en maintient de nos jours grâce,
notamment, à la maison Daïdé de Revel.
Les
luthiers
Ils fabriquent de toutes pièces un instrument de musique.
Pour obtenir un son parfait, ils doivent maîtriser plusieurs
techniques : choisir le bois, le travailler sur de petites épaisseurs,
le sculpter, le vernir et posséder une oreille musicale.
Les
charpentiers de marine
À partir du XVIe siècle, la découverte de terres
nouvelles en Orient et en Amérique est due à la mise
au point de la caravelle. Pour construire ces dernières,
on utilise surtout les chênes. Les mâts sont faits en
sapin, les poulies en buis, les avirons en hêtre et les affûts
de canon en orme.
Les découvertes poussent les souverains des pays européens
à construire des flottes puissantes pour conquérir
de nouveaux royaumes au-delà des mers et s'approprier leurs
richesses. D'énormes quantités de bois sont nécessaires
pour construire ces navires. Certaines forêts, trop exploitées,
disparaissent. En France, au XVIIe siècle, Colbert, ministre
du roi Louis XIV, est l'un des premiers hommes d'État à
se préoccuper de l'exploitation des forêts. Redoutant
la pénurie de bois, il fait planter des arbres sélectionnés.
II - Le bois de chauffage
Dès la
Préhistoire, le bois est le seul combustible utilisé
pour le chauffage et la cuisson des aliments. Les forêts qui
le fournissent reculent dès l'âge du cuivre, puis lors
de l'âge du bronze. Les hommes emploient alors la hache et
le feu pour conquérir des terres arables. La forêt
s'ouvre mais, à l'époque où les Celtes viennent
peupler la Gaule, ils se heurtent à une immense forêt
couvrant 80 % du territoire, dans laquelle les hêtres sont
innombrables. Les Gaulois, puis les Romains, poursuivent le travail
de défrichage pour cultiver la terre, se procurer du bois
d'oeuvre et du bois de chauffage.
Des
utilisations nombreuses
Sous
les Mérovingiens et les Carolingiens, la forêt de plaine
est domestiquée et devient grande pourvoyeuse de richesses
: gibier, parcours des troupeaux, exploitation du bois d'uvre,
fourniture de combustible. Les ordres monastiques jouent ensuite
un rôle capital dans l'histoire du défrichement, mais
les moines ne sont pas seuls responsables de la disparition des
massifs forestiers.
Dans les villages et hameaux, on coupe les arbres des forêts
voisines. Les seigneurs autorisent les paysans à ramasser
du bois de chauffage dans leurs forêts. Cet usage, toujours
existant, s'appelle l'affouage, mot formé à partir
du latin focus, foyer, feu.
De nombreux noms de lieux-dits et de villages rappellent qu'ils
étaient autrefois situés en bordure de forêts
: Chambon-la-Forêt, Neuville-aux-Bois... D'autres portent
le nom d'arbres : Le Chesnay, Le Quesnoy (le chêne), Fay,
Les Faux (le hêtre s'appelait autrefois fayard), Aulnay, Verneuil,
La Verne, La Vernette (de l'aulne, aussi appelé verne), Coudray
(de coudrier, le noisetier)... L'approvisionnement des villes est
plus difficile car le bois doit souvent venir de loin.
Le bois de feu se répartit en trois qualités. Le bois
de corde ou bois de chauffage est formé de gros morceaux
refendus ou de rondins. La charbonnette sert également au
chauffage, mais trouve un débouché important dans
la fabrication du charbon de bois. Les fagots et bourrées
sont des bottes de branches, garnies de leurs brindilles. Parmi
les essences, le charme brûle en produisant de belles flammes.
C'est un excellent bois de chauffage, comme le chêne, qui
se consume lentement. Dans les foyers ouverts, on évite l'emploi
du châtaignier ou du robinier qui, sous l'action de la chaleur,
éclatent en projetant des escarbilles. Pour la plupart des
bois, un an de séchage sous un abri bien aéré
est nécessaire. Plus le bois est sec, plus il chauffe en
brûlant, aussi vaut-il mieux le laisser au sec pendant deux
ans, surtout s'il s'agit de bois de chêne.
Les utilisateurs individuels de bois de chauffage entrent en concurrence
avec d'autres utilisateurs. Le bois de chauffe est en effet essentiel
dans les activités artisanales, comme la boulangerie, grande
amatrice de fagots, spécialement préparés pour
elle, comme dans les Ardennes (fagots de boulange), la Marne (bois
de boulangers) ou dans les Vosges. L'usage du bois est tout aussi
fondamental dans les "grosses" industries comme les verreries
et les faïenceries, ou les forges, grandes consommatrices de
bois charbonné, toutes installées à proximité
des massifs forestiers. Du XIe au XIVe siècle, les défrichements
s'intensifient à tel point qu'en 1346 Philippe IV promulgue
le premier Code forestier.
Une
surexploitation
Au
XVIe siècle, le bois commence à manquer et vers 1520
la forêt ne recouvre plus que le quart du territoire français.
Les XVIIe et XVIIIe siècles sont marqués par des défrichements
exagérés et l'importance excessive prise par les taillis.
Ce traitement particulier de la forêt a pour but de produire
du bois de chauffage. Il ne s'applique qu'aux feuillus qui ont la
capacité d'émettre, après la coupe, de petites
tiges, ou rejets, à partir de la souche. Un taillis de charmes
exploité tous les dix ans permet de récolter plus
d'une centaine de stères par hectare.
La forêt se dégrade au point que les futaies ne fournissent
plus les bois nécessaires au royaume, en particulier ceux
de grandes dimensions indispensables aux constructions navales.
Louis XIV s'en inquiète et décide de veiller sur le
capital forestier. Colbert promulgue son Ordonnance de 1669 qui
pose les fondements d'une exploitation rationnelle des forêts
en futaies de production. Les grands domaines d'État bénéficient
de ces mesures de protection, mais l'insuffisance de la réglementation
et les appétits des agriculteurs font que les forêts
continuent à reculer dans tout le pays. À la veille
de la Révolution, la forêt a encore régressé,
mouvement poursuivi au début du XIXe siècle. En 1825,
les lambeaux de l'ancienne grande forêt ne couvrent plus que
16 % du territoire, victimes des besoins croissants des particuliers
et de l'industrie.
La révolution industrielle, en délaissant le charbon
de bois au profit du charbon de terre (la houille) comme source
d'énergie, sauve de justesse la forêt d'une surexploitation
fatale. Vers 1850, Paris consomme un million de stères de
bois par an. Les techniques de reboisement, renforcées au
XIXe siècle par l'introduction d'essences étrangères
permettent de restaurer la richesse forestière française.
III - La fabrication du
charbon de bois
Le charbon
de bois résulte de la carbonisation, c'est-à-dire
de la combustion partielle du bois dans un milieu où la quantité
d'oxygène est contrôlée afin que les ingrédients
volatils du bois s'échappent, laissant un résidu formé
de carbone presque pur. Le charbonnier pratique son métier
dans les régions de bois et de forêts, contrairement
à d'autres occupations qui ont peu à peu migré
vers les villages. On retrouve sa trace dans l'Est, dans le Limousin,
en Bretagne et dans bien d'autres régions. Différentes
techniques de fabrication du charbon de bois se succèdent
au fil des siècles : fosses, meules et fours.
La
technique des meules au XVIIIe siècle

La technique
des meules
©
Encyclopédie de Diderot et de D'Alembert

La technique
des meules
©
Encyclopédie de Diderot et de D'Alembert
Au XVIIIe siècle,
l'Encyclopédie décrit la technique des meules,
procédé comprenant cinq opérations : le dressage
des bûches et rondins, l'habillement, l'allumage, la cuisson
et le défournement.
Pendant que
tous les gens des bois s'affairent, le charbonnier se rend dans
ses coupes. Il y taille des charbonnettes de 0,66 m à 1 m
de long et de 0,30 m de tour. Les billes de dimension supérieure
sont refendues. Il les empile en tas, appelés cordes, dans
un coin abrité de la forêt afin qu'elles sèchent.
Au XIXe siècle, la corde contient, suivant l'usage, 1 stère,
1,50 stère, 2 stères, 2,74 stères, 3 stères,
3,50 stères et même plus. En mars, quand les autres
métiers quittent la forêt, le charbonnier construit
une loge, sorte de hutte, qui va l'abriter jusqu'à la mi-novembre.
Il installe aussi sa première meule à l'abri du vent,
sur un sol ni trop pierreux, ni trop humide. Avec une pioche et
une pelle, il prépare l'aire de travail en aplanissant la
surface. Puis il amène les rondins à l'aide d'une
large brouette. Pour réaliser la meule, il étale ensuite
une couche de copeaux sur la place à "fourneau",
puis dresse un piquet en son centre. Du bois sec, facile à
enflammer, est disposé au pied de celui-ci. Le charbonnier
place les premières charbonnettes en triangle autour du piquet
pour former la cheminée, puis il pose les autres verticalement
en rangs concentriques sur deux étages. La meule mesure environ
4,5 m de diamètre et 1,5 m de haut. Il faut de 12 à
14 stères de bois pour la constituer. Les essences les plus
utilisées sont le charme, le chêne, l'acacia, le hêtre,
le noisetier... Les résineux sont évités dans
la mesure du possible pour leur moindre rendement. Le charbonnier
évite de mélanger diverses essences dans la même
meule. L'ensemble est couvert d'un manteau d'environ 15 cm d'épaisseur
constitué de mousses, de feuilles et de terre. Tout le temps
que durera la cuisson, le charbonnier aura soin de colmater toute
brèche qui s'ouvrirait dans cette couverture. Le charbonnier
construit généralement plusieurs meules semblables
dans la même clairière, mais il ne les allume pas en
même temps.
Pour mettre
le feu, le charbonnier ôte le piquet central et verse de la
braise dans la cheminée ainsi créée et rebouche
aussitôt le conduit avec un pieu. Il surveille ensuite la
combustion sans flamme qui se fait lentement dans toute la meule
pendant 4 jours. La conduite du "fourneau" nécessite
une grande maîtrise du feu et du vent dont le charbonnier
doit se faire un allié pour éviter une combustion
dévastatrice de la meule. La couleur de la fumée indique
le terme de la carbonisation. La meule est alors étouffée.
L'opération terminée et le charbon de bois refroidi,
le charbonnier enlève la couverture. Il retire le charbon
de bois à l'aide d'un crochet en fer et utilise un large
râteau en fer pour l'étaler.
Le rendement en charbon est d'environ 30 % : plus ou moins 30 m³
pour 100 m³ de bois. La qualité du charbon obtenu dépend
de la conduite de la carbonisation et de la nature du bois utilisé.
Les bois durs (chêne, hêtre, charme) donnent un charbon
dégageant beaucoup de chaleur. Les bois tendres (bouleau,
peuplier, tilleul) fournissent un charbon procurant moins de chaleur.
Le bois doit posséder un bon degré de séchage.
Trop humide, il est lent à s'enflammer et le feu a du mal
à se communiquer à l'ensemble du "fourneau",
entraînant la perte d'un quart de charbon. Trop sec, il se
communique trop facilement et le charbon trop consumé risque
d'approcher l'état de "braise", combustible de
qualité médiocre.
Le charbonnier
place sa production en sacs de 260 litres ou la livre en vrac aux
grossistes qui, par terre ou par eau, l'acheminent vers les grandes
villes et les ateliers urbains.

Le chargement
du charbon de bois
©
Collection particulière
Le charbonnier
est parfois secondé par des paysans, souvent des manouvriers,
qui trouvent là une embauche pour quelques semaines. Leur
travail, en équipes, consiste en de pénibles travaux
de débardage et en la formation de tas de rondins rassemblés
en bordure des chemins.
La
technique des meules reste la plus utilisée jusqu'au milieu
du XIXe siècle
Dans
une Notice sur le débit des bois de feu, leur mode de
vente et les procédés de carbonisation usités
en France, rédigée pour l'Exposition universelle
de 1878, M. Larzillière, Sous-Inspecteur des Forêts,
écrit : "Le seul mode de carbonisation dont l'usage
soit général en France est le procédé
des meules. Les bois sont empilés, par lits superposés,
sur une aire dressée avec soin et appelée faulde,
de façon à former un tas, dit meule ou fourneau, ayant
la forme d'une calotte sphérique surélevée.
La meule est recouverte d'une enveloppe de feuilles sèches
et de mousse sur laquelle on dispose, pour empêcher l'accès
de l'air, une couverture de terre mélangée de frasil
ou frasin, poussier provenant des fourneaux précédemment
carbonisés. Cet habillage de la meule reçoit parfois
le nom de bougeage.

Montage d'une
meule
©
Collection particulière
On met le feu
par le haut, au moyen d'une cheminée ménagée
au centre, ou, plus rarement, par des canaux réservés
dans la masse du bois contre le sol. Le charbonnier dirige l'opération
en ouvrant successivement des évents dans les différents
points de la couverture.

Mise à
feu d'une meule
©
Collection particulière
Le volume des
meules est très variable ; dans certains pays de montagnes,
il ne comprend que 2 ou 3 stères ; ailleurs, il s'élève
jusqu'à 300. On peut, sous ce rapport, distinguer trois types
principaux :
les petites meules, contenant en moyenne 8 à 15 stères,
les meules de capacité moyenne, contenant de 35 à
60 stères,
les grandes meules, dont le volume dépasse 100 stères.
Les petites meules sont presque exclusivement employées dans
les forêts du bassin de Paris : elles ont même, quelquefois,
reçu le nom de fourneaux
de Paris. Elles donnent un charbon bien cuit et parfaitement
approprié aux usages domestiques ; aussi leur emploi tend
à se généraliser depuis que l'industrie métallurgique
consomme une moins grande quantité de charbon de bois.
Les meules de capacité moyenne sont surtout en usage dans
les départements de l'Est. On s'en sert principalement pour
la fabrication du charbon destiné aux forges. Souvent, d'ailleurs,
dans une même localité, on emploie l'un ou l'autre
des deux procédés, suivant la destination que doit
recevoir le charbon.
Les grandes meules sont peu usitées. Les Landes, le Doubs
et le Jura sont les seules régions où l'on en fasse
l'emploi, encore sont-elles d'introduction toute récente
dans le Jura. On n'y comprend pas au-delà de 300 stères.
D'après
des relevés faits par des agents forestiers sur tous les
points du territoire, le procédé des meules donne,
en moyenne :
par stère régulièrement empilé
de bois de chêne : 82 kg de charbon
par stère régulièrement empilé
de bois de hêtre : 76 kg
par stère régulièrement empilé
d'essences mélangées, les bois durs dominant : 73
kg
par stère régulièrement empilé
de bois blancs : 55 kg
par stère régulièrement empilé
de pin et de mélèze : 58 kg
par stère régulièrement empilé
de sapin et d'épicéa : 53 kg
En admettant le chiffre de 425 kilogrammes comme poids du stère
de bois durs et celui de 325 kilogrammes comme poids du stère
de bois blancs ou de résineux, on voit que cette production
répond à un rendement moyen de 17 à 18 %.
Dans des conditions favorables et surtout quand la carbonisation
est faite par des ouvriers habiles, le rendement est de beaucoup
supérieur : ainsi, la Compagnie des forges d'Audincourt,
qui consomme et fait confectionner chaque année 300 000
hectolitres de bois, obtient 89 kilogrammes par stère d'essences
dures carbonisé en forêt.
Les meules de capacité moyenne donnent en général
un rendement supérieur à celui des petites meules,
mais la qualité du charbon obtenu étant différente,
il est difficile de comparer les deux procédés.
Dans les Basses-Pyrénées,
on fait parfois usage de petits fourneaux ayant la forme des meules
ordinaires, mais qui, au lieu d'être établis à
la surface du sol, le sont dans une fosse circulaire creusée
à une profondeur de 0,50 m à 0,60 m. Ces fourneaux
comprennent 3 à 4 stères.
Dans le département de Vaucluse, on emploie, pour le pin
d'Alep, un procédé particulier. La carbonisation se
fait sous terre, dans des fours de forme cylindrique, présentant
0,50 m de diamètre sur 2 mètres de hauteur. En établissant
ces fours, qu'on creuse simplement dans le sol, on laisse d'ailleurs
à la partie supérieure une épaisse couche de
terre destinée à former une fermeture et dans laquelle
on pratique seulement une ouverture de 0,80 m de diamètre.
Les bois sont disposés dans la fosse par assises verticales
; le charbonnier y met le feu par en haut et il dirige la carbonisation
en bouchant plus ou moins l'ouverture de façon à diminuer
ou à activer la combustion.
Dans le Nord, on fabrique avec les bourrées un menu charbon
appelé braisette, qui sert à alimenter les chaufferettes
dont se servent les fumeurs du pays. La braisette se fait, tantôt
en enflammant simplement les ramilles empilées et en recouvrant
la braise de gazon et de feuilles humides dès que la combustion
est terminée, tantôt en disposant les bourrées
en tas réguliers et en les recouvrant de terre avant d'y
mettre le feu, ce qui permet d'obtenir un rendement bien plus considérable.
Le commerce de cette marchandise a une certaine importance ; on
exporte de la braisette dans l'Artois, en Flandre et en Belgique.
La seule forêt de Mormal (Nord) en produit annuellement 65
000 kilogrammes.
IV
- Le bois de chauffe dans l'industrie
Au siècle
dernier, l'industrie de nombreux pays européens connaît
un essor considérable. Les faïenceries, les verreries,
les forges et les fonderies s'installent à la lisière
des forêts, car leurs fours dévorent d'énormes
quantités de bois.
La
faïencerie
Les
fabriques de faïence se sont surtout développées
dans les régions offrant de la terre réfractaire pour
les fours, une argile de bonne qualité et du bois en abondance.
Elles sont souvent les héritières d'une tradition
céramique ancienne pouvant remonter à l'époque
gallo-romaine et prospèrent aux XVIIIe et XIXe siècles.
La faïence est une céramique modelée, cuite aux
environs de 800 °C, recouverte d'un émail qui la
rend imperméable. Après façonnage, les objets
sont mis à sécher et subissent une première
cuisson à 500 °C environ au XVIIIe siècle.
Ces "biscuits" sont alors émaillés, puis
décorés selon deux techniques. Celle du Grand Feu,
unique en France jusqu'en 1748, comprend la peinture directe sur
l'émail, puis une cuisson à haute température,
vers 950°C. Celle du Petit Feu, adoptée dans la deuxième
moitié du XVIIIe siècle, comprend la cuisson de l'émail
entre 850 et 950 °C, la peinture sur l'émail cuit
et une dernière cuisson à basse température
- 750 à 800 °C - qui permet de fixer les couleurs
sur l'émail.
Toutes ces opérations sont dévoreuses de bois de chauffe.
Et, parmi les bâtiments d'une fabrique de faïence, les
hangars à bois où sont mis à couvert les stères
nécessaires aux cuissons occupent une surface souvent plus
importante que les ateliers de tourneurs ou de mouleurs.
Les faïenceries utilisant le charbon, moins cher que le bois,
l'emportent dans la deuxième moitié du XIXe siècle
surtout si elles recourent au décor par impression, plus
rapide.
La
verrerie
Les
verreries "forestières" apparaissent dès
l'époque gallo-romaine. La raison en est la présence
de forêts qui apportent une partie des matières premières
- les cendres de bois sont riches en soude et en potasse - et le
combustible. L'histoire de la verrerie est intimement liée
à la nécessité de disposer de matières
premières suffisantes pour chauffer les fours. La forêt
ne suffit pourtant pas. Il faut aussi des poches de sables siliceux.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on trouve les verreries à
la campagne, à la lisière des forêts. Elles
abritent des verriers et des métayers. Les verriers sont
des nobles ayant le privilège de travailler le verre. Les
métayers sont des paysans chargés de s'occuper de
la partie agricole du domaine. On y travaille le verre à
la canne dans de grandes halles recouvertes d'une charpente en bois.
Le toit, percé d'ouvertures pour le dégagement de
la fumée, abrite plusieurs fours et une énorme provision
de bois de chauffe que la chaleur tient au sec. Dans le four de
fusion, on mélange et on fait chauffer dans un pot en terre
cuite - le creuset - la silice, la soude et la chaux à 1
200 ou 1 400 °C. Le four de réchauffe sert à
réchauffer le verre quand le maître verrier veut le
travailler. Le four de recuisson, qui chauffe à 500 °C,
sert à refroidir petit à petit les verres terminés.
Parmi les nombreux métiers rassemblés autour d'une
verrerie, maçons, potiers, marchands, forgerons, les bûcherons
ont une grande importance car il fournissent le bois nécessaire
à la chauffe. Les verriers ont le droit de couper le mort
bois, c'est-à-dire les bois blancs : saule, bouleau, tremble,
charme, etc. Le bois peut être spécialement préparé
pour les verreries. Dans les Ardennes, il est ainsi débité
à une longueur de 0,50 m et on refend les billes dont la
circonférence dépasse 0,10 m. En Haute-Saône,
on coupe le bois à une longueur de 0,66 m et on le fend en
menues bûchettes de 0,06 à 0,08 m de tour. Dans la
Marne et dans la Meuse, on débite des partus, bois d'une
longueur de 0,50 m ayant de 0,06 à 0,29 m de tour.
Lorsqu'il n'y a plus de bois sur un domaine, les verriers partent
travailler ailleurs et abandonnent la verrerie pendant quelques
années. Les verreries se déplacent ainsi sur le territoire
en fonction de leurs besoins en combustible, avant de se sédentariser
au XVIIIe siècle. La concurrence pour la consommation de
bois avec les autres industries amène la disparition de certaines
usines.
Au XIXe siècle, le bois est de plus en plus remplacé
par la houille dans la chauffe des fours, ce qui améliore
leur fonctionnement. Dans le même temps, l'industrie verrière
change profondément. Les premières machines automatisent
la production, tandis que le soufflage à la bouche est remplacé
par un jet d'air comprimé dans des moules métalliques.

Verrerie au bois
©
La Vie des gentilshommes verriers, BT n°717, ICEM Cannes, janvier
1971, p. 6

Un cueilleur
©
La Vie des gentilshommes verriers, BT n°717, ICEM Cannes, janvier
1971, p. 10
V - Charbon de bois et
métallurgie du fer
La métallurgie
du fer n'a été possible qu'avec le charbon de bois
et, partout, exploitation des meules et des mines se sont développées
parallèlement.
Le fer n'est pas présent à l'état pur dans
la nature. Il se présente sous la forme de minerais, généralement
d'oxydes de fer. L'obtention d'un fer plus pur nécessite
de séparer ces composés oxhydriques du fer lui-même.
Cela se produit en élevant la température du minerai
de base et en le mettant en contact avec un matériau avide
d'oxygène, le carbone remplissant idéalement ce rôle
de réducteur. Le charbon de bois est utilisé comme
agent réducteur dans la fabrication de la fonte et comme
combustible pour la transformation de la fonte en fer.
La
méthode directe
La
méthode directe consiste à obtenir du métal
par réduction du minerai de fer à l'état solide.
Dès l'âge du fer, des bas fourneaux permettent la réduction
du minerai à environ 1 200 °C avec du charbon de bois.
Le mélange de minerai concassé et de charbon de bois
est placé dans un trou creusé dans le sol, au-dessus
d'un feu de charbon de bois. À l'issue de la combustion,
on recueille, suivant les circonstances et les températures
obtenues, un fer plus ou moins pur, sous la forme d'une loupe, mélangée
avec de nombreuses scories et résidus (oxydes de fer non
réduits). La technique du martelage à chaud (cinglage)
de la masse de fer permet d'éliminer une partie des impuretés
et de donner un matériau apte à la fabrication d'outils
ou d'armes.
En Europe, la méthode catalane, nécessitant un minerai
riche et un bois abondant, a permis la naissance d'une métallurgie
du fer. On garnit un creuset carré en maçonnerie de
charbon de bois en ignition sur lequel on charge, côte à
côte, du minerai et du charbon. Ce dernier, en quantité
double, est disposé dans le voisinage de la tuyère
d'entrée d'air. Sous l'action du courant d'air de la soufflerie,
le charbon brûle. L'anhydride carbonique, formé par
la combinaison de l'oxygène et du carbone, se transforme
en oxyde de carbone sur l'excès de charbon des couches voisines
portées au rouge. L'oxyde de carbone traverse ensuite la
masse du minerai, le réduisant partiellement à l'état
de fer métallique, tandis qu'il se transforme lui-même
à nouveau en anhydride carbonique.
La
méthode indirecte
La méthode
indirecte passe par l'obtention intermédiaire de la fonte
liquide, alliage de fer et de carbone qu'il faut ensuite décarburer
pour obtenir le fer ou l'acier. Elle apparaît en Chine sous
la dynastie des Han, avec les premiers hauts fourneaux dans lesquels
la fonte est produite intentionnellement. L'affinage de la fonte
en acier est alors probablement réalisé dans un foyer
creusé dans la terre, un flux d'air permettant la décarburation
de la fonte portée à fusion. Les Chinois utilisent
très tôt la force hydraulique pour actionner les soufflets
qui produisent l'air nécessaire aux opérations sidérurgiques.
La méthode indirecte est utilisée en Europe dès
le XIIIe siècle et permet d'obtenir des lingots pesant jusqu'à
100 kg. L'utilisation des procédés d'apport d'air
intensif rendent possible la technique du haut fourneau, apparu
en 1345 dans la région de Namur. En élevant la hauteur
du fourneau, la quantité de charbon de bois nécessaire
pour traiter une quantité de minerai identique diminue, car
le temps de maintien du minerai dans les conditions de réduction
est augmenté. Dans le haut fourneau, qui travaille en continu,
la fonte est recueillie liquide, contrairement à la méthode
directe, dans laquelle le fer est récupéré
à l'état solide dans le foyer éteint. Elle
est utilisée pour la fabrication des bombardes et des canons,
le fer, trop mou, ne convenant pas à cet usage, tandis que
l'acier, nécessitant la décarburation de la fonte,
augmente la dépense en charbon de bois.
La méthode indirecte s'impose lentement car l'avantage économique
sur la méthode directe reste faible. Cependant, l'accroissement
de la taille des hauts fourneaux - une dizaine de mètres
- améliore leur rentabilité. Ils peuvent produire
4 à 5 tonnes de fonte tous les six jours tout en consommant
moins de combustible. Ils se développent dans les Ardennes
et dans le pays de Bray au début du XVIe siècle. Les
principes de fonctionnement demeurent les mêmes : récupération
de la fonte et du laitier à la base, insufflation d'air par
des soufflets actionnés par la force hydraulique, fonctionnement
en continu. La transformation de la fonte en acier est obtenue par
fusion et oxydation dans un courant d'air. L'opération s'effectue
sur des gueuses de fonte, dans un foyer de forge au charbon de bois
alimenté en air par un soufflet. L'acier produit est ensuite
forgé et recuit. Cette seconde opération peut se faire
dans le même foyer, ou bien dans un autre chauffé au
charbon, ce qui réduit la consommation de charbon de bois.
L'utilisation du charbon reste cependant difficile dans la sidérurgie
au XVIIe siècle, car la fonte produite avec du charbon contient
trop de soufre pour être affinée dans la forge. Pourtant,
la consommation importante de bois commence à provoquer des
tensions entre les forges et les populations et à poser des
problèmes d'approvisionnement.

Vue générale
d'un haut fourneau au XVIIIe siècle
©
La métallurgie ancienne, fer, fonte, acier, BT n° 1097,
PEMF, Mouans-Sartoux, avril 1998, p. 20
Pour faire
une tonne de fonte, il faut entre 1 200 et 1 600 kg de
charbon de bois et pour transformer le minerai en fer ou en acier
par la méthode wallonne, 3 200 à 5 000 kg
sont nécessaires à la tonne. Une forge moyenne, coulant
de deux ans en deux ans, absorbe à elle seule, la production
annuelle de 2 000 ha de forêts. Aussi, dans les comptes
des usines métallurgiques, le charbon de bois est-il le poste
de dépense le plus important : plus de 50 % et parfois bien
davantage. Une des préoccupations majeures des maîtres
de forges est l'exploitation rationnelle de la forêt car le
développement des activités métallurgiques
amène un déboisement préoccupant et la crainte
de la disette de bois. D'autant plus que le charbon de bois reste
très utilisé jusqu'au milieu du XIXe siècle
en raison de la qualité des produits obtenus à partir
de la fonte au bois et des perfectionnements apportés aux
fourneaux.

Coupe à
travers un haut fourneau
©
La métallurgie ancienne, fer, fonte, acier, BT n° 1097,
PEMF, Mouans-Sartoux, avril 1998, p. 22
Mais la concurrence
des productions anglaises réalisées par la fonte au
coke fait qu'à partir de 1850, le charbon remplace peu à
peu le bois. Dès lors est levée la contrainte de construire
les hauts fourneaux à proximité des ressources forestières
et hydrauliques : ils s'édifient près des mines de
charbon et de fer. À cette époque, il ne reste plus
en France que 6 à 7 millions d'hectares d'une forêt
très dégradée, constituée de taillis
trop jeunes pour être exploités.

Hauts fourneaux,
Ironbridge, Angleterre, XIXe siècle
©
La métallurgie ancienne, fer, fonte, acier, BT n° 1097,
PEMF, Mouans-Sartoux, avril 1998, p. 22
|