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Discours
de Michel THENAULT,
préfet de la région Champagne-Ardenne,
préfet du département de la Marne
1940.
Il y a à peine plus de 60 ans, la France vit une tragédie.
Son honneur est bafoué, le pays occupé est à genoux,
comme l'écrit l'une d'entre vous, les valeurs de la démocratie de la
dignité sont foulées, sous la botte de l'occupation.
Mais des Françaises et des Français, dont certaines
et certains sont là cet après-midi, s'insurgent, se lèvent après l'appel
du général de Gaulle.
Edmond Michelet distribue des tracts, Jean Moulin
préfet à Chartres refuse les exigences allemandes.
80 parlementaires refusent les pleins pouvoirs à Philippe
Pétain.
Les premiers réseaux, comme celui du Musée de l'Homme,
tentent de s'organiser.
Etienne Achavanne tombe à Rouen, fusillé.
1941,
il y a 60 ans, le second statut des juifs est publié à Vichy et les
premiers juifs sont arrêtés, les réunions publiques sont interdites,
les exécutions sommaires sont perpétrées, comme à Chateaubriand.
Mais dans le même temps, c'est le serment de Koufra,
la victoire de Kéren, la retraite de Rommel, la création à Londres du
Comité National de la France Libre.
La Résistance intérieure s'organise, souvent autour
de journaux ou de feuilles clandestines, Organisations civile et
militaire, Ceux de la Résistance, Défense de la France, Libération Nord, Ceux de la Libération. Au sud, Combat, Libération Sud, Franc Tireur, Forces Unies de la Jeunesse, Témoignage Chrétien, Libérer-Fédérer.
Les réseaux prennent corps.
Bientôt, ils se spécialisent en renseignement, évasion,
sabotage, actions propres à saper l'organisation, l'emprise de l'ennemi.
Ceux qui y étaient et qui sont avec nous aujourd'hui
vous le diraient mieux que moi.
Ils savent, et ils pourraient vous dire que la Résistance
est née d'abord sous l'impulsion de quelques-unes et de quelques-uns,
qui savent dès cet instant que le destin du pays est entre leurs mains,
qui savent aussi que dès cet instant, ils offrent leur sécurité personnelle
et pour beaucoup leur vie, pour une cause supérieure, pour un devenir
collectif, pour que la France soit de nouveau libre et debout.
Abnégation, humilité, courage, sens de l'intérêt supérieur
du pays, voilà quelques-unes des valeurs que pétrissaient ces femmes
et ces hommes.
Pour beaucoup, ils ont repris au lendemain de la Victoire,
leur vie de citoyen avec l'ambition que leur action, leur sacrifice,
laissent en héritage, aux générations futures, la passion de la liberté,
le sens de la démocratie et du respect des autres.
Ils nous laissent plus par leur exemple.
Ils nous obligent aussi à perpétuer ce devoir de mémoire,
précisément pour que la permanence de cet exemple demeure le meilleur
rempart contre le renoncement et la tyrannie.
C'est à quoi le sujet du concours de cette année vous
invitait, en vous proposant de décrire les modalités et les étapes d'organisation
de la Résistance intérieure et de la France libre, à partir des engagements
dans leurs diversités, des réactions spontanées et éparses qu'unissaient
des valeurs communes qui ont finalement conduit à la Victoire.
Il vous était aussi proposé d'expliquer pourquoi les
Résistants se sont engagés dans un combat, comment les hommes et les
femmes ont organisé la lutte, quels étaient les dangers encourus ?
Ces sujets vous suggéraient d'explorer les ressources
locales de documentation et d'information, de recueillir aussi des témoignages
et c'était sûrement l'aspect le plus enrichissant en même temps que
l'aspect le plus émouvant de votre démarche.
Je remercie tous les résistants, et beaucoup se sont
joints à nous cet après-midi, qui ont répondu à ces sollicitations.
Vous avez été nombreux, encore cette année, à avoir concouru dans le
département.
25 établissements se sont en effet engagés dans ce
concours.
240 élèves témoignent de votre intérêt et au-delà
de votre conscience du rôle de cette période de notre histoire, et de
ceux qui l'ont façonnée.
Je voudrais vous en remercier et au travers vous,
remercier tous ceux de vos camarades qui ont participé à ce concours.
Sous
vos plumes ont revécu quelques instants ces combattants de l'ombre,
ces femmes et ces hommes qui avaient compris que de leur sacrifice et
de leur combat dépendait l'existence même du monde civilisé, et que
vous avez su, souvent avec talent, mettre justement en lumière. C'est
qu'oubliant leur propre vie, ils nous ont, en effet, permis et nous
permettent, encore aujourd'hui, d'être libres.
Vous avez su les faire revivre, rejoignant ainsi les
valeurs véhiculées par la résistance : l'engagement pour la plus noble
des causes et le dépassement de soi.
Vous avez compris, et vous avez su mettre en exergue
que rien n'était jamais définitivement perdu, qu'un infime espoir passionnément
entretenu pouvait vaincre des forces apparemment irrésistibles, au moment
même où la Résistance prenait corps.
Je voudrais aussi exprimer ma gratitude aux chefs
d'établissement et à vos professeurs, qui ont largement contribué à
votre démarche.
Ce concours a démontré que la Résistance française
était au-delà du devoir de mémoire, un message pour l'avenir, un message
que vous avez superbement relayé.

Le
discours d'Aurélie Loison,
présidente de l'Association marnaise
des lauréats du concours
de la résistance et de la déportation

Monsieur
le Préfet,
Mesdames
et Messieurs les conseillers généraux et régionaux,
Mesdames et Messieurs les maires,
Monsieur l'Inspecteur d'Académie,
Mesdames et messieurs les enseignants,
Mesdames et messieurs les présidents
d'association de Résistance et Déportation,
Lauréats,
Mesdames et Messieurs,
Je
vous remercie tout d'abord de m'avoir donné la parole.
Je suis très honorée de parler au nom de notre association.
Vous exprimez ainsi cette confiance que vous portez
en nous pour l'avenir.
Le souci de défendre les valeurs républicaines menacées
par Vichy, de lutter contre un ennemi étranger déjà connu, et de refuser
la défaite ont inspiré les premières réactions spontanées.
Les attitudes instinctives sont surtout le fait d'initiatives
individuelles et non coordonnées.
En réponse à l'appel du général De Gaulle ou d'un
groupe de dirigeants, les premiers résistants se sont organisés .
L'appel du 18 juin 1940, lancé de Londres, donnait
à la Résistance une géographie double : d'une part la France libre qui
combattait à l'étranger ou dans les colonies, et d'autre part la Résistance
intérieure qui naquit de façon spontanée et dès les débuts de l'occupation.
L'une des caractéristiques essentielles de la Résistance
est sans doute la suppression de barrières entre classes d'âge.
En effet, la Résistance n'a pas été l'apanage d'un
groupe social déterminé ou d'une classe d'âge particulière.
Cependant, la sur-représentation masculine a été constatée
dans tous les départements.
Toutefois, si l'on considère que Résister c'est accomplir
un geste à la fois politique et militaire, la présence de plus de 10 %
de femmes dans la Résistance est plutôt remarquable.
L'extrême diversité d'origine politique, sociale et
professionnelle des premiers résistants est frappante ; elle s'explique
en partie par l'absence initiale d'engagement, de structures organisées
ou d'institutions traditionnelles.
Cette rage de vaincre l'ennemi allemand a permis un
rapprochement des forces résistantes et une unification des mouvements,
unification sans laquelle la victoire n'aurait peut-être pas eu lieu,
et sans laquelle nous ne parlerions pas de la Résistance.
Il fallait rassembler les énergies et rétablir les
valeurs de la République.
En participant à la correction des copies, je me suis
rendue compte que c'est avec conviction et sensibilité que les lauréats
ont su exprimer la lutte de ces hommes et ces femmes, partout minoritaires,
pour libérer le territoire et aboutir à la victoire.
Vous avez trouvé le temps de faire des recherches
locales, de recueillir des témoignages d'hommes et de femmes qui ont
vécu cette période, et dont certains nous honorent de leur présence.
En ce sens vous participez déjà à la pérennisation
de leur mémoire.
J'appartiens , et vous aussi jeunes lauréats, à une
génération qui a un devoir de mémoire et qui donnera du courage à l'Histoire.
Pour vous comme pour moi qui n'avons connu qu'une
France libérée, c'est le devoir de mémoire et de reconnaissance qui
doit nous animer.
L'existence de l'Association marnaise des lauréats
du concours de la résistance et de la déportation que je représente
aujourd'hui, témoigne que le devoir de mémoire est vivant dans notre
département.
En participant au concours, nous avons témoigné de
la reconnaissance à tous ceux et toutes celles qui ont combattu et qui
ont souffert pour la liberté.
L'intérêt de participer à ce Concours réside dans
le fait que le devoir de mémoire passe par la transmission des connaissances.
Comme l'écrivait Michelet :
« L'Histoire
est la mémoire des peuples ».
N'oublions
jamais.
Je tiens à souligner l'engagement des professeurs
à inciter leurs éléves à participer au Concours.
Je sais que les programmes scolaires sont chargés,
mais les quelques heures accordées à vos élèves, souvent en dehors
des cours, leur sont très précieuses.
Il faut aussi remercier Monsieur l'Inspecteur d'Académie
de sa volonté et sa disponibilité pour que le concours soit au mieux
organisé.
Je voudrais donc à nouveau adresser mes félicitations
aux lauréats pour avoir su mettre en valeur la mémoire de la résistance.
Continuez
!

Les
lauréats marnais du Concours 2001

Les
lauréats photographiés sur le perron de l'Hôtel
de la Préfecture
de Châlons-en-Champagne, aux côtés de
Michel THENAULT,
préfet de la région de Champagne-Ardenne,
préfet de la Marne,
Jean
CHABAUD,
président des CVR de la Marne,
Yvette LUNDY,
présidente de la section FNDIR-UNADIF d'Epernay,
Jacques SONGY,
président de l'Amicale des déportés de Châlons-en-Champagne


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