Concours national de la Résistance...
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La cérémonie de la remise des prix
au Collège Louis Grignon de Fagnières
le 23 Juin 2002

Allocution de Monsieur Raymond GOURLIN

La remise des prix

Les lauréat marnais








Allocution de Monsieur Raymond GOURLIN,
déporté à Neuengamme

   Monsieur le Préfet,
   Monsieur le Président du Conseil général de la Marne,
   Monsieur le Maire de Fagnières,
   Monsieur l'Inspecteur d'Académie,
   Mesdames et Messieurs les élus,
   Mesdames et Messieurs les professeurs,
   Chers élèves, chers amis.

  Permettez moi de faire un succinct retour dans le temps afin de mieux comprendre ce qui nous réunit aujourd'hui après une incertitude qui n' a été heureusement que passagère.

   1932 - 1933, inconsciemment, les Allemands votent pour Hitler et le parti nazi.
   Les opposants au régime sont arrêtés, mis dans des camps dits de « rééducation » quand ils ne sont pas exécutés sans procès.
   Les foules endoctrinées acclament leur soi-disant sauveur et, il y a 63 ans, se déclenchait sur l'Europe le plus horrible des conflits.
   
   C'est ainsi que le 3 Septembre 1939, la Pologne était envahie peur les troupes hitlériennes, aidées en cette sauvage agression par l'URSS avide de récupérer une partie du territoire polonais.
   La France et l'Angleterre entraient dans ce conflit face à la supériorité numérique et matérielle de l'ennemi.
   1940 voit les bottes nazies fouler notre territoire malgré le courage de nos soldats et un armistice honteux livre la moitié de la France à l'ennemi.
   J'étais jeune même très jeune, et je me souviens - avant cette débâcle - avoir entendu des adultes prononcer cette phrase terrible :  « Nous ne voulons pas mourir pour Dantzig ».
   Cela nous a coûté 1 600 000 prisonniers de guerre, presque 100 000 morts et cinq années d'occupations.

    Avec l'armistice, la collaboration avec les Allemands va naître mais aussi la. Résistance et l'appel du Général De Gaulle va réveiller les quelques Français qui ne s'avouaient pas vaincus.

   1941, l'URSS est envahie à son tour et les communistes français traqués, affluent dans les groupes de résistance déjà constitués.

    Juillet 1942 voit la rafle des Juifs, les Allemands faisant faire ce sale travail par la police française.

   Novembre 1942, la France entière est envahie et c'est le sabordage de la flotte française à Toulon.

   1943, c'est la mise en application du Service du Travail Obligatoire en Allemagne    600 000 jeunes de 18 à 20 ans partiront.
   Ceux qui refusent ( 275 000 environ ) deviennent: des« Réfractaires ».
   Ils se cachent et pour beaucoup, entrent dans la Résistance.
   Ces Résistants sont tous des volontaires ; personne ne les a poussé à s'engager dans cette lutte terrible et inégale.
   Poursuivis par les Allemands, la police française, la milice, les services spéciaux dont les Groupes mobiles de réserve ( GMR ), les gestapistes français, et quelques fois, dénoncés par leur propre voisin.

   Alors la Résistance a tout naturellement amené à la Déportation.
   Celles et ceux qui ne sont pas fusillés sur le champ ou après un « jugement », partent dans ces wagons à bestiaux, entassés à 100 et même plus, pour un. long, très long voyage, dont beaucoup ne virent pas la fin.

   Au bout de ce chemin, c'est l'arrivée brutale dans ce monde de l'horreur.
   Monde inconnu, mais combien réel où chaque individu perd tout ce qui lui est propre, y compris son identité, laquelle est remplacée par un numéro cousu sur les vêtements ou tatoué sur un bras.

   Ce monde est un inimaginable monde fait de cruauté, où la mort plane sur les têtes en permanence.
   Mort sous toutes ses formes, pendaison, fusillade, bastonnade, gaz, piqûre, privation de nourritures, de soins, noyade etc... la liste est longue et il ne m'est pas permis de décrire ici toutes les atrocités commises en ces lieux maudits.

   Ecrire ou dessiner dans un Camp de Concentration était interdit et puni plus souvent de mort.
   Malheur au détenu qui avait pu se procurer un bout de crayon et un morceau de papier.
   Et pourtant quelques uns l'ont fait.
   Pour l'ensemble d'entre nous, nos souvenirs sont écrits dans notre corps, nos dessins dans nos têtes.
   Si nous fermons les yeux, le film des horreurs et des atrocités se déroule, et nous revivons transportés à nouveau sur les lieux même, ce que la caméra de notre cerveau a enregistré il y a plus de 55 ans.

   Le cinéaste POLANSKI a dit : « Ces événements sont si difficiles à comprendre qu'on ne peut les illustrer avec des images ».
   Les nazis avaient devancé « Avoriaz » avec son festival de films d'horreurs.
   Nous ne pouvons oublier les millions de victimes hommes, femmes, enfant, bébés, vieillards, exterminés avec un total mépris de la personne et des convictions idéologiques, philosophiques, religieuses, ou au nom d'un racisme dément et criminel.

    Jeunes gens qui êtes aujourd'hui à l'honneur, fermez un instant vos yeux et essayez de penser à ce que fut le calvaire de ces Déportés de tous âges, de tous les camps et plus particulièrement de ces femmes et jeunes filles du Camp de Ravensbrück où les enfants qui y venaient au monde étaient immédiatement massacrés.
   
   C'est grâce à ces Résistants, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes qui perdirent leur vie, que maintenant vous pouvez vivre librement.
   Songez aussi que la Liberté est fragile, qu'elle ne se prend pas, mais qu' elle se mérite, et qu' elle n'autorise pas de porter préjudice à son prochain.

   Le temps est venu de vous passer « le flambeau », et nous sommes persuadés que vous le tiendrez bien haut pour éclairer ce monde que vous allez bientôt faire, en disant non à toutes xénophobies.
   Il n'y a pas de race supérieures ; il n'y a que des ÊTRES HUMAINS qui ont le droit à. la vie.

   Je ne puis m'empêcher de revoir dans ce Camp mouroir de SANDBOSTEL, ces monceaux de cadavres de toutes nationalités, à moitié nus, le regard fixé sur nous, la bouche grande ouverte comme pour nous confier un dernier message.
   Ce message longtemps, très longtemps après, j'ai réussi à le déchiffrer. 
   Ces regards et ces bouches nous disaient : 
   « N'oubliez jamais. Dites ce qui c'est passé ».
   Si nous trahissions leur mémoire en laissant le temps et l'oubli s'installer, qui resterait alors pour l'honorer ?
   Oui, c'est bien un testament dont nous sommes de leur part les dépositaires, et cela nous ne pouvons l'oublier.

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La remise des prix en présence
des présidents d'associations,
de Monsieur le Préfet,
de Monsieur l'Inspecteur d'Académie
et des élus

Monsieur HIRTH, ancien déporté à Neuengamme, remet son prix
à Aurore MARLAND, élève de Terminale au Lycée Clemenceau de Reims

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Les lauréats marnais 2002

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