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Allocution
de Monsieur Raymond GOURLIN,
déporté
à Neuengamme
Monsieur
le Préfet,
Monsieur le Président du Conseil général
de la Marne,
Monsieur le Maire de Fagnières,
Monsieur l'Inspecteur d'Académie,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Chers élèves, chers amis.
Permettez
moi de faire un succinct retour dans le temps afin de mieux comprendre
ce qui nous réunit aujourd'hui après une incertitude qui
n' a été heureusement que passagère.
1932
- 1933, inconsciemment, les Allemands votent pour Hitler et le parti
nazi.
Les opposants au régime sont arrêtés,
mis dans des camps dits de « rééducation »
quand ils ne sont pas exécutés sans procès.
Les foules endoctrinées acclament leur soi-disant
sauveur et, il y a 63 ans, se déclenchait sur l'Europe le plus
horrible des conflits.
C'est ainsi que le 3 Septembre 1939, la Pologne était
envahie peur les troupes hitlériennes, aidées en cette
sauvage agression par l'URSS avide de récupérer une partie
du territoire polonais.
La France et l'Angleterre entraient dans ce conflit
face à la supériorité numérique et matérielle
de l'ennemi.
1940 voit les bottes nazies fouler notre territoire
malgré le courage de nos soldats et un armistice honteux livre
la moitié de la France à l'ennemi.
J'étais jeune même très jeune,
et je me souviens - avant cette débâcle - avoir entendu
des adultes prononcer cette phrase terrible : « Nous
ne voulons pas mourir pour Dantzig ».
Cela nous a coûté 1 600 000
prisonniers de guerre, presque 100 000 morts et cinq années
d'occupations.
Avec l'armistice, la collaboration avec les Allemands
va naître mais aussi la. Résistance et l'appel du Général
De Gaulle va réveiller les quelques Français qui ne s'avouaient
pas vaincus.
1941, l'URSS est envahie à son tour et les
communistes français traqués, affluent dans les groupes
de résistance déjà constitués.
Juillet 1942 voit la rafle des Juifs, les Allemands
faisant faire ce sale travail par la police française.
Novembre 1942, la France entière est envahie
et c'est le sabordage de la flotte française à Toulon.
1943,
c'est la mise en application du Service du Travail Obligatoire en Allemagne
600 000 jeunes de 18 à 20 ans partiront.
Ceux qui refusent ( 275 000 environ ) deviennent:
des« Réfractaires ».
Ils se cachent et pour beaucoup, entrent dans la Résistance.
Ces Résistants sont tous des volontaires ;
personne ne les a poussé à s'engager dans cette lutte
terrible et inégale.
Poursuivis par les Allemands, la police française,
la milice, les services spéciaux dont les Groupes mobiles de
réserve ( GMR ), les gestapistes français, et
quelques fois, dénoncés par leur propre voisin.
Alors la Résistance a tout naturellement amené
à la Déportation.
Celles et ceux qui ne sont pas fusillés sur
le champ ou après un « jugement », partent
dans ces wagons à bestiaux, entassés à 100 et même
plus, pour un. long, très long voyage, dont beaucoup ne virent
pas la fin.
Au bout de ce chemin, c'est l'arrivée brutale
dans ce monde de l'horreur.
Monde inconnu, mais combien réel où
chaque individu perd tout ce qui lui est propre, y compris son identité,
laquelle est remplacée par un numéro cousu sur les vêtements
ou tatoué sur un bras.
Ce monde est un inimaginable monde fait de cruauté,
où la mort plane sur les têtes en permanence.
Mort sous toutes ses formes, pendaison, fusillade,
bastonnade, gaz, piqûre, privation de nourritures, de soins, noyade
etc... la liste est longue et il ne m'est pas permis de décrire
ici toutes les atrocités commises en ces lieux maudits.
Ecrire ou dessiner dans un Camp de Concentration était
interdit et puni plus souvent de mort.
Malheur au détenu qui avait pu se procurer
un bout de crayon et un morceau de papier.
Et pourtant quelques uns l'ont fait.
Pour l'ensemble d'entre nous, nos souvenirs sont écrits
dans notre corps, nos dessins dans nos têtes.
Si nous fermons les yeux, le film des horreurs et
des atrocités se déroule, et nous revivons transportés
à nouveau sur les lieux même, ce que la caméra de
notre cerveau a enregistré il y a plus de 55 ans.
Le cinéaste POLANSKI a dit : « Ces
événements sont si difficiles à comprendre qu'on
ne peut les illustrer avec des images ».
Les nazis avaient devancé « Avoriaz »
avec son festival de films d'horreurs.
Nous ne pouvons oublier les millions de victimes hommes,
femmes, enfant, bébés, vieillards, exterminés avec
un total mépris de la personne et des convictions idéologiques,
philosophiques, religieuses, ou au nom d'un racisme dément et
criminel.
Jeunes gens qui êtes aujourd'hui à l'honneur,
fermez un instant vos yeux et essayez de penser à ce que fut
le calvaire de ces Déportés de tous âges, de tous
les camps et plus particulièrement de ces femmes et jeunes filles
du Camp de Ravensbrück où les enfants qui y venaient au
monde étaient immédiatement massacrés.
C'est grâce à ces Résistants,
hommes et femmes, jeunes et moins jeunes qui perdirent leur vie, que
maintenant vous pouvez vivre librement.
Songez aussi que la Liberté est fragile, qu'elle
ne se prend pas, mais qu' elle se mérite, et qu' elle n'autorise
pas de porter préjudice à son prochain.
Le temps est venu de vous passer « le flambeau »,
et nous sommes persuadés que vous le tiendrez bien haut pour
éclairer ce monde que vous allez bientôt faire, en disant
non à toutes xénophobies.
Il n'y a pas de race supérieures ; il
n'y a que des ÊTRES HUMAINS qui ont le droit à. la vie.
Je ne puis m'empêcher de revoir dans ce Camp
mouroir de SANDBOSTEL, ces monceaux de cadavres de toutes nationalités,
à moitié nus, le regard fixé sur nous, la bouche
grande ouverte comme pour nous confier un dernier message.
Ce message longtemps, très longtemps après,
j'ai réussi à le déchiffrer.
Ces regards et ces bouches nous disaient :
« N'oubliez jamais. Dites ce qui c'est passé ».
Si nous trahissions leur mémoire en laissant
le temps et l'oubli s'installer, qui resterait alors pour l'honorer ?
Oui, c'est bien un testament dont nous sommes de leur
part les dépositaires, et cela nous ne pouvons l'oublier.

La
remise des prix en présence
des présidents d'associations,
de
Monsieur le Préfet,
de Monsieur l'Inspecteur d'Académie
et des élus

Monsieur
HIRTH, ancien déporté à Neuengamme, remet
son prix
à Aurore MARLAND, élève
de Terminale au Lycée Clemenceau de Reims

Les
lauréats marnais 2002



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