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Yvette Lundy et le film Liberté de Tony Gatlif
En 2009, Yvette LUNDY, résistante-déportée marnaise, a inspiré le personnage de « Mademoiselle Lundi » dans le film Liberté sorti en salle le 24 février 2010 et réalisé par Tony GATLIF :
« J’ai écrit la première trame du scénario en un mois.
Je me suis libéré
du poids que je portais depuis longtemps.
Tout est devenu clair
lorsque j’ai compris que je ne pouvais raconter cette histoire
qu’à
travers deux Justes. Théodore, un maire et vétérinaire de village et
Mlle Lundi, l’institutrice. Les deux personnages m’ont été inspirés de personnages qui ont existé : Théodore, le notaire qui a tenté de sauver Tolloche
et
sa famille et Mlle Lundi d’après l’histoire vraie d’une institutrice,
Yvette Lundy, qui travaillait à Gionges dans la Marne. Résistante, elle
fut arrêtée puis déportée.
Elle m’a aidé à travailler toutes les scènes
qui concernent son personnage et l’école ».
C'est par l'intermédiaire de Delphine MANTOULET, producteur exécutif et compositeur, dont la famille est originaire de Gionges, village marnais où Yvette LUNDY était institutrice pendant la 2e guerre mondiale, que le réalisateur Tony GATLIF et l'actrice Marie-Josée CROZE ont rencontré Yvette LUNDY et ont été fortement impressionnés par sa personnalité.
L'histoire relatée dans le film Liberté n'est pas directement celle d'Yvette LUNDY qui n'a pas eu l'occasion de protéger, cacher, accueillir des tsiganes chez elle pendant la 2e guerre mondiale – « Le film parle de choses semblables à ce que j'ai vécu, mais ce n'est pas mon histoire » – , mais son action résistante a inspiré le personnage de l'institutrice au point de lui donner le nom de « Mademoiselle Lundi ».

Dossier de presse du film Liberté
Fiche pédagogique

Tony GATLIF et Éric KANNAY,
Liberté
Paris, Perrin, 2010
Le parcours résistant d'Yvette Lundy

Yvette
Lundy avant son arrestation par la Gestapo
Yvette LUNDY est née le 22 avril 1916 à Oger dans la Marne.
En 1938, elle est nommée institutrice à Gionges, où elle fait office de secrétaire de mairie.
En mai 1940, lors de l'exode, elle quitte le département pour y revenir en juillet 1940.
Sous l'Occupation, elle fournit des papiers d’identité et des cartes d’alimentation en particulier à des prisonniers évadés du camp de Bazancourt pris en charge par son frère Georges LUNDY, ainsi qu'à une famille juive de Paris.
Elle assure l’hébergement de réfractaires du STO, de résistants traqués et d'équipages alliés pris en charge par le réseau d'évasion Possum.
Arrêtée le 19 juin 1944 à Gionges, elle fait croire lors des interrogatoires qu’elle est fille unique pour protéger ses frères et sœur, également engagés dans la résistance.
Elle est incarcérée à la prison de Châlons-sur-Marne, puis transférée au camp de Romainville.
Le 18 juillet 1944, elle est déportée comme résistante à Sarrebruck Neue Bremm, puis à Ravensbrück ( matricule 47 360 ).
Le 16 novembre 1944, elle est transférée à Buchenwald ( matricule 15 208 ) et affectée au kommando de Schlieben où elle est libérée le 21 avril 1945.
Yvette LUNDY est devenue une des grandes figures de la Résistance marnaise qui a mis son énergie dans la transmission des valeurs de la Résistance et de la mémoire de la Déportation.
Elle continue aujourd'hui encore à témoigner auprès des jeunes, en particulier dans le cadre de la préparation du Concours national de la Résistance et de la Déportation.
Yvette Lundy témoigne
C'est
avec une profonde émotion que je vais rappeler la vie subie dans les camps.
Ma
Résistance s'est arrêtée net dès que la Gestapo
est venue m'arrêter, puis m'interroger dans les locaux du
Cours d'Ormesson à Châlons-sur-Marne.
Ensuite, c'est la prison de
Châlons, le fort de Romainville
et, toujours sous escorte brutale le petit camp
de Neue Bremm.
Là c'est un contact avec les cris et la brutalité.
Préambule à ce qui allait suivre.
Après
quelques jours, nous quittons ce camp, entassées à
120 dans un wagon à bestiaux, portes plombées et barbelés
aux lucarnes.
Il y fait chaud, les odeurs pestilentielles gênent
la respiration comme le manque d'air.
Nous avons faim et soif.
Quatre jours, trois nuits.
Quelle angoisse pour aller vers l'inconnu !
Cet inconnu s'appelle Ravensbrück.
Dès l'arrivée à la petite gare de Furssenberg,
il faut se ranger « zu fünf »,
mais chacune ne comprend pas que cela veut dire « par 5 ».
Les hurlements gutturaux écorchent nos oreilles et nous font trembler de peur, le museau
des chiens accrochés aux mollets,
les coups de crosse de fusil, les
coups de gourdin obligent à avancer.
Voilà le portail du camp de
Ravensbrück qui paraît nous écraser dès qu'on le franchit.
Choc brutal !
C'est un autre monde : des êtres faméliques, corps amaigris, les yeux creux, têtes tondues
se traînent avec leurs guenilles.
En quelques jours nous allons leur ressembler.
Nous passons à la fouille,
devons abandonner tout ce que nous possédons : bijoux, vêtements, médicaments,
lunettes, chaussures.
Ensuite, c'est la douche commune dans un immense hangar puis la désinfection.
Habillées de guenilles quand il n'y a plus de tenues rayées.
Nous sommes méconnaissables avec les cheveux
tondus.
La promiscuité est totale : les voleuses, les criminelles, les prostituées voisinent
avec le professeur, l'infirmière, la religieuse.
Ajoutons à cela la cacophonie des diverses langues.
Jamais
seule ! Jamais le silence !
L'installation
dans le bloc après un appel prolongése
fait sous les criset les coups de gourdin de ces êtres abjects que sont tous ces SS qu'on
ne peut considérer comme des hommes ou des femmes.
Il faut chercher un châlit libre. On s'y blottit afin d'éviter la schlague. Quelle odeur !
Les déportées qui s'y sont couchées précédemment ont
laissé la trace de leur dysenterie, de leurs abcès purulents.
La vermine y règne
et s'empresse de se régaler d'un sang neuf.
Quelquefois, nous y sommes à 2 ou 3, en cas de surnombre.
Nous
sommes affamées et maigrissons à vue d'œil, car les 200 grammes de pain
et la très très maigre soupe, distribués en principe chaque jour, transforment
nos corps en squelettes ambulants.
Il faut cependant assister à tous les appels qui peuvent
durer jusqu'à 5 à 6 heures par jour, quelquefois durant la nuit.
Nous sommes dans un camp de
mort lente, c'est-à-dire que nos bourreaux vont nous faire
travailler avec ce qui nous reste de forces.
Combien en sont mortes ! Casser des cailloux dans la
carrière, travailler 12 heures de jour ou de nuit, pousser de lourds
wagonnets est au-dessus de nos possibilités.
Oui, nous sommes des esclaves,
mais notre pensée reste libre, « ils » ne peuvent nous la
prendre.
Au cours des longs appels nous nous épaulons et essayons d'accrocher le moral.
Il
y avait des examens médicaux, toujours
en présence des SS. Nues. Ils ricanaient.
Toutes ces séances furent très pénibles. Je garde
un souvenir douloureux d'une terrible humiliation,
car devant ces êtres odieux, installées en position adéquate, il a fallu
subir brutalement, méchamment, sans hygiène, une visite gynécologique
!
Je
ne puis oublier les cris déchirants et les pleurs
de petites filles tziganes que l'on séparait de leur maman pour les
stériliser.
Je ne dois pas taire la cruauté immonde appliquée dans les camps d'extermination, en particulier à Auschwitz-Birkenau où tant de familles juives ont souffert avant d'être exterminées.
Entrer par la porte, sortir par la cheminée !
Nous
ne pouvons oublier. Une plaie profonde est toujours prête
à saigner.
Nous
savons ce que vaut la vie et la Liberté
dont elle a besoin.
Nous survivons pour passer
un message.
Merci, jeunes lauréats et professeurs de l'avoir compris.
Merci aussi à cette jeune association d'anciens lauréats
qui transmet la continuité et les valeurs de ce sacrifice.
Si nous n'étions pas revenus, l'Histoire s'écrirait autrement.
J'ai
confiance en une belle jeunesse.
Discours de remise
des prix du
Concours de la Résistance et de la Déportation
Châlons-en-Champagne
30 avril 2000

Yvette
Lundy, devant le Monument aux martyrs de la Résistance de Reims
à l'issue de la cérémonie organisée le 26
septembre 2005
par l'Amicale des déportées de Ravensbrück

Rencontre avec une résistante déportée
Yvette Lundy témoigne devant les élèves
du collège Nicolas Ledoux de Dormans

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